La ville de Kinshasa, capitale de la République Démocratique du Congo, lutte contre une épidémie de mpox qui touche particulièrement les quartiers surpeuplés et précaires comme Pakadjuma. Ce quartier, au cœur d’une ville de plus de 17 millions d’habitants, illustre la difficulté d’endiguer une maladie dans un environnement où pauvreté, insalubrité et manque d’accès à l’information aggravent les risques sanitaires.
Le mpox, bien qu’historiquement endémique dans les zones rurales, a pris une ampleur urbaine, notamment dans la capitale congolaise, où il circule sous deux formes distinctes : le clade Ia, transmis principalement par les animaux, et le clade Ib, plus contagieux, qui se propage par voie sexuelle. Cette dualité dans la transmission complique la gestion de l’épidémie, d’autant plus que les mesures préventives adaptées à ces deux modes de contamination sont souvent inapplicables dans des contextes aussi vulnérables.
À Pakadjuma, les conditions de vie précaires exacerbent le problème. Les habitants, confrontés à une absence d’informations sur les dangers du mpox, vivent dans une surpopulation où les infrastructures sanitaires sont quasi inexistantes. Les prostituées, qui constituent une population particulièrement exposée au clade Ib, se trouvent dans une situation délicate, car l’abstinence, seule solution pour éviter la transmission, n’est tout simplement pas envisageable dans un quartier où la survie quotidienne dépend souvent de l’exercice de la prostitution.
Le contrôle de la propagation du virus rencontre également un obstacle majeur : la traçabilité des contacts. Dans des réseaux sociaux très fermés, comme ceux des travailleuses du sexe, retrouver les clients et isoler les cas contacts est une mission quasi-impossible. De plus, les malades ne cherchent souvent des soins que lorsque leurs symptômes sont déjà visibles, ce qui complique encore davantage la gestion des cas.
Dans ce contexte, les stratégies de lutte contre le mpox nécessitent une approche innovante et adaptée à la réalité du terrain. La vaccination généralisée représente une des solutions les plus prometteuses, surtout dans des zones comme Pakadjuma, où la recherche des contacts est rendue presque impossible par l’isolement social et géographique. Il est donc crucial de vacciner l’ensemble de la communauté pour briser les chaînes de transmission, tout en continuant à fournir des soins aux personnes déjà infectées.
Le soutien matériel et la distribution de nourriture sont également essentiels pour soutenir les malades et leur famille, notamment dans des quartiers informels où l’accès aux services de santé est limité. Encourager l’isolement des personnes infectées et les soins à domicile pourrait contribuer à limiter la propagation, mais cela nécessite une coopération active des communautés.
Enfin, l’un des défis majeurs reste la stigmatisation de la maladie. Dans une ville où l’information sur le mpox est rare et souvent insuffisante, la collaboration avec les médias locaux, les leaders communautaires et les professionnels de santé est cruciale pour faire passer des messages de prévention adaptés et efficaces.
La situation à Kinshasa est critique, mais pas désespérée. La lutte contre le mpox requiert des ressources considérables et une stratégie collective impliquant les autorités, les organisations locales et les habitants eux-mêmes. Si l’intensification de la vaccination et l’amélioration de l’accès aux soins ne se concrétisent pas rapidement, la capitale congolaise pourrait se retrouver face à une crise sanitaire d’une ampleur difficilement contrôlable.
La Rédaction

