Dans le nord-ouest du Nigeria, la survie des agriculteurs ne dépend plus seulement des caprices du climat ou de la qualité des semences, mais d’un nouvel acteur : les groupes armés. Selon un rapport récent, des milliers d’agriculteurs sont contraints de verser des « taxes sur les récoltes » à des bandits pour obtenir le droit de semer, cultiver ou récolter leurs champs. Un système de racket organisé, impitoyable, qui asphyxie la production agricole et menace directement la sécurité alimentaire du pays.
Ces groupes criminels, souvent mieux armés que les forces de l’ordre locales, contrôlent de vastes zones rurales. Ils ont instauré un véritable système parallèle, exigeant des paiements en espèces ou en nature, sous peine de représailles : incendie des champs, enlèvements, voire assassinats. Certains agriculteurs doivent verser plusieurs centaines de milliers de nairas pour pouvoir travailler en paix, une somme exorbitante pour des familles vivant souvent en dessous du seuil de pauvreté.
La situation est d’autant plus alarmante qu’elle touche une région considérée comme l’un des greniers agricoles du Nigeria. Face à l’insécurité grandissante, nombre de cultivateurs préfèrent abandonner leurs terres. Les marchés s’en trouvent appauvris, les prix des denrées flambent, et les populations urbaines comme rurales ressentent les effets de ce chantage à grande échelle.
Le gouvernement fédéral, régulièrement critiqué pour son impuissance à enrayer la violence dans le nord, affirme vouloir renforcer la sécurité. Mais sur le terrain, les populations dénoncent l’absence d’actions concrètes et un sentiment d’abandon croissant. Des experts alertent : si rien n’est fait pour restaurer l’autorité de l’État et protéger les zones rurales, le pays risque une crise alimentaire majeure dans les mois à venir.
Ce phénomène de « taxation » par des bandits n’est pas un simple fait divers : il révèle les failles d’un État incapable d’assurer sa souveraineté sur l’ensemble de son territoire, et met en lumière la fragilité extrême d’un secteur agricole déjà confronté aux changements climatiques, au manque d’infrastructures et aux conflits communautaires.
La Rédaction

