Ils quittent les hauts plateaux d’Éthiopie avec l’espoir d’une vie meilleure, mais c’est souvent la faim, l’exploitation et la violence qu’ils rencontrent. Chaque année, des milliers d’Éthiopiens s’élancent vers l’Afrique du Sud par la « route du Sud », un couloir migratoire aussi long que périlleux, trop souvent ignoré des radars internationaux.
Un cri depuis Johannesburg
Début mai 2025, les cris de détresse de 44 jeunes hommes ont conduit la police sud-africaine à une maison délabrée en périphérie de Johannesburg. Amaigris, certains simplement couverts de couvertures, ces Éthiopiens racontent un voyage d’enfer orchestré par des passeurs. Partis depuis plusieurs mois, ils ont traversé clandestinement plusieurs pays d’Afrique de l’Est et australe, pour se retrouver enfermés, affamés et invisibles.
Ce n’est pas un cas isolé. Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), 15 000 mouvements de migrants éthiopiens ont été détectés entre janvier et mars 2025. En un an, leur nombre a bondi de 26 %, signe d’une route de plus en plus fréquentée, malgré les dangers croissants.
Le Sud, région d’exil silencieux
Les candidats au départ viennent principalement du Sud et du Centre de l’Éthiopie, deux régions marquées par une forte densité de population et une extrême précarité foncière. « L’accès à la terre est devenu un privilège rare. La jeunesse, sans perspectives économiques, regarde vers l’Afrique du Sud comme une échappatoire », explique Yordanos Estifanos, chercheuse à l’université du Sussex.
Si la guerre au Tigré a focalisé l’attention sur les flux migratoires vers le Soudan, la route du Sud est aujourd’hui l’itinéraire principal pour ceux qui fuient la pauvreté plutôt que les conflits armés.
Un mirage sud-africain
Mais l’Afrique du Sud ne tient pas ses promesses. À leur arrivée, les migrants éthiopiens découvrent une société marquée par le chômage massif, l’hostilité envers les étrangers, et un quotidien de débrouille. Beaucoup finissent dans l’économie informelle, souvent exploités, sans protection légale ni accès aux soins.
Certains disparaissent en route. D’autres sont abandonnés par leurs passeurs ou capturés par des groupes armés. Ceux qui survivent à l’itinéraire arrivent brisés, physiquement et moralement.
Un exil invisible
La migration éthiopienne vers le sud du continent reste largement ignorée des politiques migratoires internationales, focalisées sur les routes vers l’Europe. Pourtant, ce phénomène révèle les failles de tout un continent : pauvreté rurale endémique, trafic humain organisé, indifférence des États de transit, et accueil hostile dans les pays d’arrivée.
À l’heure où l’Afrique parle d’intégration et de libre circulation, le parcours de ces migrants rappelle l’ampleur du gouffre entre les discours panafricains et la réalité du terrain.
La Rédaction

