Taï, petite localité enclavée à l’extrême ouest de la Côte d’Ivoire, frontalière du Liberia, est connue pour sa biodiversité exceptionnelle — la réserve du même nom est classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. Mais début 2025, ce n’est pas la nature qui a fait parler d’elle, mais un phénomène étrange : des collégiennes, prises de transes collectives, ont provoqué stupeur et spéculations.
Le choc des transes
Entre janvier et mars 2025, plusieurs élèves du collège privé « Les New Leaders » ont été saisies de convulsions, de paroles incohérentes et de comportements hystériques, parfois en plein cours. Les témoins parlent d’un état de transe fulgurant, contagieux, troublant. Les scènes se répétaient, et touchaient exclusivement des adolescentes. Très vite, les soupçons se sont orientés vers des causes surnaturelles — sorcellerie, malédictions, esprits.
Juin 2025 : quand le mystère s’installe dans la durée
Six mois après les premières manifestations, les interrogations demeurent. Si les cas se sont espacés, ils n’ont pas totalement disparu selon certains enseignants locaux. La peur, elle, persiste : dans les familles, dans la communauté éducative, et jusque dans les mosquées et églises, où des prières collectives ont été organisées pour “chasser les esprits”.
Ce silence prolongé des autorités sanitaires et éducatives inquiète les acteurs de la société civile, qui demandent des réponses plus concrètes.
Entre crise psychique et mythe social
Ce que vit Taï n’est pas un cas isolé. Des épisodes similaires de “transe scolaire” ont été observés à Divo, au Togo, au Cameroun ou encore au Gabon. Toujours en milieu scolaire, toujours parmi des jeunes filles, toujours dans un contexte d’angoisse scolaire et sociale.
Les psychologues parlent d’un phénomène psychosomatique collectif, catalysé par le stress, les conflits d’identité, la pression des examens ou les tensions familiales. L’angoisse s’incarne dans le corps — et se propage comme un feu invisible.
Que nous dit Taï aujourd’hui ?
À l’heure où l’on parle de plus en plus de santé mentale des élèves en Afrique, les événements de Taï rappellent l’urgence d’une prise en charge adaptée. Ce n’est pas seulement une affaire de croyance, mais de protection psychologique des enfants, surtout des filles, souvent premières victimes d’un environnement éducatif surchargé, mal encadré et saturé de non-dits culturels.
Ignorer ces signaux, c’est accepter que la souffrance des élèves ne s’exprime qu’en cris, en chutes ou en convulsions.
La Rédaction

