En Centrafrique, l’arrestation de Christian et Eusèbe Dondra, frères de l’ancien Premier ministre Henri-Marie Dondra, a provoqué un véritable séisme au sein du premier cercle du président Faustin-Archange Touadéra. Accusés de tentative d’empoisonnement contre le chef de l’État et son influent conseiller Sani Yalo, ils sont maintenus en détention depuis fin mars à Bangui. L’affaire, qui mêle soupçons de complot, rivalités politiques et loyautés fragiles, met à nu les tensions internes à quelques mois d’une élection présidentielle déterminante.
Une accusation lourde de conséquences
Les faits reprochés aux frères Dondra sont graves : tentative d’empoisonnement et volonté de déstabiliser les institutions. Mais au-delà du dossier judiciaire, c’est l’interprétation politique qui agite la capitale. Pour de nombreux observateurs, cette affaire est révélatrice d’un climat de défiance au sein du pouvoir. Le moment choisi — en pleine préparation de la présidentielle — ne fait qu’alimenter les doutes sur les motivations réelles de cette arrestation.
Un nom qui dérange encore au sommet
Henri-Marie Dondra, chef du gouvernement entre 2021 et 2022, reste une figure marquante de la vie politique centrafricaine. Écarté du pouvoir, il n’a pourtant jamais disparu du paysage. Son aura dans les milieux d’affaires et son réseau politique solide continuent d’en faire un personnage scruté de près. L’interpellation de ses deux frères ravive les soupçons d’une tentative d’élimination politique déguisée, surtout au sein du Mouvement cœurs unis (MCU), où les ambitions personnelles et les querelles d’influence se multiplient.
Le conseiller Sani Yalo au cœur des tensions
Autre élément central de cette affaire : Sani Yalo. Ce conseiller spécial du président Touadéra est réputé pour son influence grandissante et son rôle décisif dans la gestion du pouvoir. Ses opposants lui reprochent de cristalliser autour de lui une forme de gouvernance parallèle, fondée sur la méfiance et l’exclusion. Il est aussi soupçonné par certains membres du régime de pousser à l’écartement de toute voix jugée divergente, y compris celles issues de la majorité.
Une unité présidentielle fissurée
L’affaire Dondra met en lumière les lignes de fracture au sein du régime. Entre fidélités déclinantes, guerre de positionnement et incertitudes électorales, l’unité affichée par le pouvoir semble de plus en plus difficile à maintenir. Des voix dissonantes commencent à se faire entendre, y compris parmi les fidèles de Touadéra, inquiets d’un durcissement de la ligne présidentielle à mesure que se rapproche l’échéance de 2026.
Une présidentielle sous tension
Alors que le pays peine encore à sortir de cycles de violence et d’instabilité, cette affaire pourrait influer sur le climat préélectoral. Elle soulève des interrogations sur la capacité du pouvoir en place à garantir un processus apaisé et inclusif. Dans une Centrafrique encore fragile, où les clivages politiques se doublent de fractures sociales et régionales, la gestion de cette crise interne sera déterminante pour la crédibilité du prochain scrutin.
La Rédaction

