Une purge politique qui transforme le pays en terrain de contrôle absolu et intensifie les accusations de dictature
Le président guinéen Mamady Doumbouya a signé un décret dissolvant 40 partis politiques, dont les trois principaux groupes d’opposition, marquant une étape majeure dans la répression des libertés civiles dans le pays. Cette décision intervient après son élection fin décembre, lors d’un scrutin qui avait déjà exclu les leaders de l’opposition.
Depuis son arrivée au pouvoir par un coup d’État en 2021, Doumbouya a exercé un contrôle strict sur la vie politique guinéenne, interdisant les manifestations et réprimant les voix dissidentes. Les opposants ont été arrêtés, jugés ou contraints à l’exil, tandis que les enlèvements et disparitions forcées se sont multipliés.
Le décret présidentiel ordonne également le séquestre des actifs des partis dissous et la nomination de curateurs pour superviser leur transfert, sans préciser les bénéficiaires. Les partis concernés perdent immédiatement leur personnalité juridique et leur droit d’utiliser leurs acronymes, logos et emblèmes. Parmi eux figurent l’UFDG dirigée par Cellou Dalein Diallo, le RPG de l’ex-président Alpha Condé, et l’UFR.
Les réactions à cette mesure ne se sont pas faites attendre. Les partis politiques et mouvements de la société civile qualifient cette action de dictatoriale. Le coordinateur de l’UFDG, Souleymane de Souza Konate, affirme que « toutes les lignes rouges ont été franchies » et dénonce un passage à un État à parti unique. Ibrahima Diallo, dirigeant du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), estime que la décision « officialise une dictature comme mode de gouvernance » et plonge le pays dans une incertitude profonde.
Les inquiétudes sont accentuées par les récentes disparitions d’opposants, dont Oumar Sylla, alias Fonike Mengue, et Mamadou Billo Bah, portés disparus depuis juillet 2024. Des enlèvements ciblant les familles de personnalités politiques ont également été signalés, notamment celle du journaliste exilé Mamoudou Babila Keita et du musicien et opposant Elie Kamano.
La consolidation du pouvoir de Doumbouya s’est également appuyée sur la nouvelle constitution, adoptée lors d’un référendum en septembre dernier. Celle-ci a prolongé la durée du mandat présidentiel de cinq à sept ans et autorisé son renouvellement une fois, permettant à Doumbouya de légitimer son ascension depuis la junte jusqu’à la présidence.
Depuis son indépendance en 1958, la Guinée a traversé une histoire marquée par des régimes militaires et autoritaires. Malgré ses richesses en minerais, plus de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté selon les chiffres de la Banque mondiale pour 2024. La récente dissolution des partis politiques accentue la perception que le pays s’enfonce dans une dictature consolidée, limitant drastiquement les libertés politiques et les perspectives démocratiques.
Cette décision est interprétée par de nombreux observateurs comme un tournant historique vers un contrôle absolu de l’État par un seul homme, éloignant davantage la Guinée de la démocratie et amplifiant le sentiment d’injustice parmi les citoyens et acteurs politiques.
La Rédaction

