L’Afrique s’éloigne dangereusement des Objectifs de développement durable (ODD) à l’horizon 2030. Selon Claver Gatete, secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA), seulement 4 des 169 cibles mesurables pourraient être atteintes à temps. Le reste ? Soixante-dix progressent trop lentement, tandis que vingt-neuf reculent franchement.
Le tableau dressé par la CEA est sombre. Le continent fait face à une accumulation de crises : chocs climatiques à répétition, endettement galopant, instabilité géopolitique persistante, fragmentation financière mondiale, et une baisse marquée de l’aide publique au développement. S’y ajoute la fragilité croissante des mécanismes multilatéraux, qui affaiblit encore davantage les marges de manœuvre des États africains.
Une dette asphyxiante
La dette publique africaine a atteint 1 860 milliards de dollars en 2024. Le ratio dette/PIB, qui était de 44,4 % en 2015, a bondi à 66,7 %. Ce fardeau financier détourne d’importantes ressources des investissements dans la santé, l’éducation ou encore les infrastructures, pourtant essentiels à la réalisation des ODD.
Une pauvreté tenace
La pauvreté reste massive. Quelque 476 millions d’Africains vivent toujours en dessous du seuil de pauvreté, dont 149 millions y ont sombré récemment à cause de perturbations économiques et climatiques. Environ 600 millions de personnes sont encore privées d’électricité.
Le déficit de financement pour combler les besoins liés aux ODD est vertigineux : 1 300 milliards de dollars par an seraient nécessaires.
Une croissance insuffisante
Même si la croissance du PIB africain est estimée à 3,8 % en 2025 et 4,1 % en 2026 – au-dessus de la moyenne mondiale attendue (3,1 %, selon l’OCDE) – cela reste bien en deçà du seuil des 7 % requis pour atteindre l’ODD-8, qui vise l’éradication de la pauvreté par une croissance économique soutenue et inclusive.
Le constat est sans appel : sans un sursaut collectif, l’Afrique risque de manquer le rendez-vous historique des ODD. Au-delà des chiffres, c’est une vision d’avenir plus équitable et durable qui s’efface progressivement. Reste à savoir si la communauté internationale, les institutions régionales et les gouvernements nationaux sauront changer le cours des choses à temps.
La Rédaction

