La récente annonce de la création d’une Inspection Générale de la Gouvernance (IGG) par l’Alliance Fleuve Congo (AFC/M23) pourrait marquer une étape significative dans l’évolution de la situation à l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Plus qu’un simple organe administratif, cette initiative pourrait indiquer l’instauration d’une forme de gouvernance parallèle dans les territoires sous le contrôle de ce mouvement armé.
Un contrôle territorial renforcé
Selon des informations publiées le 4 novembre 2025 par le média UNE.CD, l’AFC/M23 aurait annoncé la création d’une IGG, présentée comme indépendante, chargée de superviser et d’évaluer la gestion administrative, financière et opérationnelle de tous les départements, programmes, services publics et entités relevant de son autorité. Si ces informations se confirment, il s’agirait d’une démarche inédite pour un mouvement armé, qui passerait ainsi du simple contrôle militaire à un contrôle administratif structuré.
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Le gouvernement congolais aurait quant à lui jugé « illégale » l’intention de l’AFC/M23 de relancer un système judiciaire dans ces zones, soulignant le conflit de légitimité entre les autorités de l’État et celles établies de facto par le mouvement armé. La création de l’IGG pourrait donc être perçue comme un instrument destiné à asseoir une autorité parallèle et à légitimer la présence de l’AFC/M23 sur le plan administratif.
La mise en place de la magistrature parallèle
Le phénomène de gouvernance parallèle se concrétise encore davantage avec l’annonce récente du M23, qui aurait recruté près de 400 magistrats dans les zones sous son contrôle. Cette initiative viserait à relancer la justice dans ces territoires via une « commission de relance de la justice », avec 378 candidats retenus à l’issue d’un test d’évaluation.
Cette démarche illustre la volonté du mouvement de dépasser le contrôle sécuritaire pour structurer une administration civile, installant une logique de gouvernance complète, avec police, magistrature et services administratifs. Le M23 opérerait ainsi sans reconnaissance officielle mais avec des fonctions traditionnellement réservées à l’État, renforçant l’idée d’un contrôle de facto sur le territoire.
Une gouvernance de facto
L’IGG et le recrutement de magistrats signalent la volonté du mouvement de s’affirmer comme un acteur de la gouvernance locale. Ces structures permettraient de superviser non seulement la gestion des services publics mais aussi la mise en œuvre de projets et la régulation de l’ordre judiciaire, dans un contexte où l’État central perd progressivement son monopole.
Pour les populations locales, la coexistence de ces administrations parallèles pourrait engendrer un accès partiel aux services publics, une incertitude juridique et une dépendance à une autorité dont la légitimité n’est pas reconnue internationalement.
Risques pour l’unité et la souveraineté
La mise en place d’institutions comme l’IGG et la magistrature parallèle pourrait, si elle se confirme, fragiliser l’unité nationale. La normalisation d’autorités parallèles pourrait mener à une « partition silencieuse », sans proclamation officielle ni reconnaissance internationale. Des prélèvements, parfois documentés comme « impôts illégaux », seraient déjà appliqués par le mouvement dans certaines villes comme Goma, illustrant l’installation progressive d’un État alternatif.
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Le contexte régional renforce ces inquiétudes. L’est de la RDC reste une zone de tensions impliquant divers acteurs, dont des pays voisins, avec des enjeux de ressources naturelles et de pouvoir. La mise en place de structures administratives par le M23 pourrait également légitimer la capture économique de la région par cette autorité de facto.
Précautions et limites des informations disponibles
Il convient de rappeler que le texte officiel de création de l’IGG n’est pas accessible publiquement et que le fonctionnement réel des nouvelles structures administratives n’est pas documenté. Les informations disponibles reposent principalement sur des annonces médiatiques et des observations de terrain. Il est donc prudent de considérer l’existence et le fonctionnement effectif de ces institutions comme potentiels, jusqu’à ce que des preuves tangibles de leur organisation et de leurs opérations soient établies.
L’annonce de l’IGG et le recrutement des magistrats par le M23 pourraient marquer l’émergence d’une gouvernance de facto dans l’est de la RDC, avec des fonctions administratives, financières et judiciaires habituellement exercées par l’État. Si ces informations se confirment, la situation pourrait signaler une étape vers une partition silencieuse, où le contrôle territorial et administratif est progressivement exercé par une autorité parallèle. Pour l’État congolais, la société civile et la communauté internationale, cette évolution soulève des défis considérables en termes de souveraineté, de légitimité et de protection des populations locales.
La Rédaction

