La Guinée équatoriale se retrouve au cœur d’un projet controversé piloté par l’administration Trump : accueillir sur son sol des migrants africains expulsés des États-Unis. L’annonce, faite par le vice-président équato-guinéen Teodoro Nguema Obiang Mangue sur le réseau X, a suscité une onde de choc dans le pays. À l’heure où Washington cherche désespérément des pays tiers pour mettre en œuvre sa politique de « déportation de masse », la petite nation d’Afrique centrale hésite entre intérêts diplomatiques et rejet populaire.
Une proposition américaine sans accord formel
Selon Mangue, les États-Unis ont proposé à Malabo d’accueillir une partie des migrants africains en situation irrégulière sur le territoire américain. Si aucun accord définitif n’a encore été signé, les négociations sont bel et bien en cours. Pour sa part, le vice-président affirme avoir conditionné toute coopération à une prise en charge financière complète par Washington : hébergement, nourriture, programmes de réinsertion… L’exigence est claire : pas de migrants sans garanties économiques.
Méfiance et inquiétudes dans la population
Dans la rue, la proposition passe mal. Beaucoup d’Équato-guinéens craignent une arrivée massive de personnes associées à la délinquance. « On a déjà du mal à gérer nos propres jeunes, on ne veut pas importer des problèmes venus d’ailleurs », confie un commerçant de Malabo. Une peur nourrie par des stéréotypes et le manque d’information, malgré l’assurance donnée par le vice-président : seuls les migrants sans casier judiciaire seraient acceptés.
Un paradoxe diplomatique
L’annonce a fait grincer des dents, notamment parmi les défenseurs des droits humains. Car la Guinée équatoriale elle-même est régulièrement pointée du doigt pour son traitement brutal des migrants subsahariens : arrestations arbitraires, expulsions sommaires, conditions de détention indignes. Difficile, dès lors, d’imaginer le pays comme terre d’accueil humanitaire.
Trump et sa promesse de « nettoyage migratoire »
Cette démarche s’inscrit dans une stratégie plus large de Donald Trump, candidat à sa réélection, qui veut matérialiser sa promesse de campagne : expulser en masse les migrants sans papiers. Pour cela, son administration multiplie les accords bilatéraux avec des pays africains ou d’Amérique latine, souvent pauvres et politiquement fragiles. En Guinée équatoriale, cette politique trouve un écho ambigu, entre opportunité diplomatique et rejet populaire.
À ce stade, aucun migrant n’a encore été expulsé vers la Guinée équatoriale. Mais le simple fait que Washington envisage sérieusement cette option témoigne de l’orientation dure de sa politique migratoire. Et place Malabo face à une question délicate : peut-on se porter garant d’une réinsertion humanitaire quand on peine à garantir les droits fondamentaux de ses propres ressortissants ?
La Rédaction

