Huit ans après l’amorce des réformes institutionnelles de l’Union africaine (UA), les dirigeants africains se sont retrouvés à Nairobi les 26 et 27 janvier pour donner un nouvel élan à cette transformation. Sous l’impulsion du président kényan William Ruto, la rencontre visait à renforcer l’efficacité et l’autonomie de l’organisation face aux défis sécuritaires et économiques du continent.
Un comité des chefs d’État pour piloter les réformes
Lors de cette retraite de haut niveau, William Ruto a proposé la création d’un comité des chefs d’État chargé de superviser la réforme de l’UA. Il a également suggéré la tenue d’un sommet extraordinaire dans le courant de l’année pour accélérer le processus.
Moussa Faki Mahamat, président de la Commission de l’UA, a dressé un état des lieux des avancées réalisées depuis le début des réformes, notamment la transformation du NEPAD en agence de développement et la consolidation du Fonds pour la paix, qui a atteint son objectif de 400 millions de dollars.
Un impératif pour l’avenir de l’UA
Représentant le président mauritanien Mohamed Ould Cheikh el-Ghazouani, actuel président en exercice de l’UA, le ministre des Affaires étrangères Mohamed Salem Ould Merzoug a insisté sur la nécessité impérieuse de poursuivre ces réformes. Il a rappelé l’épisode de l’an dernier, marqué par une crise liée à l’élection des dirigeants de la Commission, qui avait nécessité l’intervention du président mauritanien pour être résolue.
Le président des Comores, Azali Assoumani, a salué les progrès accomplis tout en appelant à une adaptation continue de l’organisation face aux défis actuels, notamment les conflits en cours sur le continent.
Financement et gouvernance : des défis à relever
La question du financement a été au centre des discussions. Le président de Guinée-Bissau, Umaro Sissoco Embaló, a exhorté les États membres à respecter leurs engagements financiers, notamment la taxe de 0,5 % décidée à Kigali pour assurer l’autonomie budgétaire de l’UA.
Le président éthiopien Tayé Sélassié a, quant à lui, insisté sur l’importance d’une réforme inclusive et sur la nécessité d’une souveraineté financière accrue. Il a également plaidé pour la création d’une direction dédiée aux opérations de soutien à la paix.
John Dramani Mahama, président du Ghana, a mis en avant l’urgence de rationaliser la prise de décision au sein de l’UA et d’éliminer les lourdeurs bureaucratiques. Il a également souligné l’importance de mieux intégrer la jeunesse africaine, qui représente plus de 60 % de la population du continent.
Une réforme de l’architecture de paix et de sécurité
Face aux conflits qui coûtent chaque année près de 18 milliards de dollars au continent et provoquent des déplacements massifs, William Ruto a plaidé pour une refonte de l’architecture de paix et de sécurité de l’UA. Il a proposé la création d’un panel de haut niveau chargé d’évaluer le cadre actuel et d’en améliorer l’efficacité.
Pour optimiser le déroulement des sommets de l’UA, le président kényan a également suggéré de limiter l’ordre du jour à trois priorités stratégiques et de restreindre les interventions des chefs d’État à 7-10 minutes.
Enfin, la réunion a abordé la stagnation du budget de l’organisation depuis 2020, malgré l’élargissement de ses missions. Une session extraordinaire du Conseil exécutif réunissant les ministres des Finances est envisagée afin d’identifier des mécanismes de financement durables.
Avec cette rencontre de Nairobi, l’Union africaine affiche sa volonté de se moderniser pour répondre plus efficacement aux attentes des États et des populations africaines.
La Rédaction

