Mauritanie — Chinguetti, cité millénaire perchée au cœur du Sahara, conserve des trésors uniques : des manuscrits anciens, témoins de siècles de savoir islamique et scientifique. Mais cette mémoire du désert est aujourd’hui menacée par l’ensablement progressif, le climat aride et le déclin démographique. En 2025, la ville, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1996, se trouve à un tournant critique de son histoire.
Une cité-mémoire sous l’emprise du Sahara


Fondée au XIᵉ siècle, Chinguetti fut un carrefour commercial majeur, reliant les routes caravanières transsahariennes. Ses bibliothèques familiales ont accueilli des manuscrits religieux, scientifiques et littéraires, reflétant un rayonnement intellectuel qui dépassait le Sahara.
Aujourd’hui, le sable avance inexorablement : maisons, rues et quartiers entiers sont peu à peu ensevelis. Les précipitations restent quasi inexistantes, fragilisant la végétation et accentuant l’érosion du tissu urbain. L’exode des jeunes vers Nouakchott ou l’étranger réduit également la population et les moyens de préserver ce patrimoine.
Les bibliothèques du désert : un héritage fragile
Au sommet de sa splendeur, Chinguetti comptait une trentaine de bibliothèques privées. Aujourd’hui, seules douze d’entre elles subsistent, et encore, très peu sont ouvertes au public. Ces collections uniques contiennent des textes coraniques, des traités de mathématiques, d’astronomie et de littérature, conservés parfois depuis huit siècles.
Les manuscrits subissent de nombreuses menaces : l’humidité, les insectes, le sable, l’abandon de certains bâtiments, et l’absence de conditions optimales de conservation. Chaque livre est ainsi un fragment de mémoire qui risque de disparaître sans intervention rapide.


Des initiatives de sauvegarde encouragées mais limitées
Face à l’urgence, plusieurs mesures ont été mises en place :
• Projets UNESCO : un programme de protection des bibliothèques du désert comprend l’inventaire des collections, l’équipement en boîtes sans acide, la formation des familles propriétaires et le marquage des bâtiments comme biens culturels protégés.
• Restaurations ciblées : certaines bibliothèques et la mosquée historique de Chinguetti bénéficient d’interventions pour consolider leur structure et limiter l’ensablement.
• Numérisation des manuscrits : pour sauvegarder le contenu des ouvrages et le rendre accessible aux chercheurs, des projets de numérisation sont en cours.
• Sensibilisation et tourisme culturel : malgré des difficultés liées à l’isolement et au climat, des actions éducatives et culturelles visent à mobiliser la population et attirer des visiteurs pour générer des revenus locaux.
Malgré ces efforts, les moyens financiers restent limités et la désertification continue d’avancer plus vite que les actions de sauvegarde.

Le défi de la survie culturelle
Chinguetti est plus qu’une ville : c’est un symbole du savoir saharien et islamique. La disparition de ses manuscrits représenterait la perte d’une mémoire collective, d’un lien entre générations et d’un témoignage unique de l’histoire, de la science et de la spiritualité africaines.
Les autorités, ONG et familles locales restent mobilisées, mais la question demeure : combien de temps ce patrimoine pourra-t-il résister face au désert et à l’abandon progressif ?
Chinguetti illustre le paradoxe d’un patrimoine vivant menacé par les forces naturelles et le temps. La sauvegarde de cette ville-mémoire dépendra de la capacité à combiner conservation, financement durable, mobilisation locale et initiatives internationales. Protéger Chinguetti, c’est préserver un fragment essentiel de l’histoire du Sahara, de l’Afrique et de la culture humaine.
La Rédaction

