Deux ans après le coup d’État, l’illusion sécuritaire vacille au Sahel
Le général Abdourahamane Tiani, à la tête du Niger depuis le renversement de Mohamed Bazoum en juillet 2023, se trouve aujourd’hui confronté à une réalité brutale : la stratégie sécuritaire promise par la junte s’effondre, alors que les groupes jihadistes progressent dangereusement sur le territoire national.
Alors qu’il s’est officiellement installé dans ses fonctions de président en mars 2025 après avoir suspendu les partis politiques et instauré une transition de cinq ans, Tiani voit son autorité ébranlée. Les attaques meurtrières se multiplient, notamment dans les régions de Tillabéri et Tahoua, véritables bastions de la menace terroriste. Le 19 juin, 34 soldats nigériens ont été tués à Banibangou. Le lendemain, 71 civils ont été massacrés à Manda durant la prière du soir. Moins d’une semaine plus tard, 28 autres personnes périssaient dans une embuscade près de Bankilaré.
Une armée sous-équipée, des soldats en colère
Face à cette spirale de violence, l’armée nigérienne apparaît dépassée. Les témoignages faisant état d’un profond malaise au sein des troupes se multiplient. Lors des funérailles de soldats tués à la fin du mois de mai, un jeune lieutenant a publiquement interpellé le chef d’état-major, Moussa Salaou Barmou, sur l’absence de moyens. Le ton est monté, révélant les fractures internes d’une hiérarchie militaire fragilisée.
Certains officiers, comme le ministre de la Défense Salifou Mody, sont pointés du doigt pour leur déconnexion avec le terrain. La méfiance grandit aussi entre les hauts gradés du Conseil national pour le salut du peuple (CNSP), qui avait renversé Bazoum. La récente distribution de grades et de décorations par Tiani, le 30 mai, a suscité davantage de ressentiment que d’unité.
Le pouvoir verrouillé, mais isolé
Dans son bunker du palais présidentiel, où il vit toujours à proximité de Mohamed Bazoum, son prédécesseur emprisonné, le général Tiani gouverne avec un cercle restreint de fidèles. Parmi eux, le colonel Boubacar Maidagi, son aide de camp, et Souleymane Balla-Arabé, chef des services de renseignement extérieur. Ce dernier, formé en Chine, aurait alerté Tiani sur d’éventuels complots occidentaux, notamment français — alimentant un discours souverainiste virulent.
Des figures panafricanistes comme Kemi Seba ou Nathalie Yamb gravitent également autour du président, consolidant une rhétorique anti-française qui, si elle séduit certains partisans, ne parvient pas à inverser la réalité du terrain. Le retrait progressif des coopérations occidentales et la fermeture de certaines frontières, notamment avec le Bénin, étouffent davantage l’économie nigérienne.
Or, rhétorique panafricaine et désert militaire
En février 2025, Tiani annonçait la relance de la production aurifère à Samira, via la Liptako Mining Company. Mais dans cette zone aussi, l’insécurité freine toute ambition économique. La récente attaque de la localité voisine de Libiri par des jihadistes a mis un coup d’arrêt aux projets miniers.
Malgré des démonstrations de force à la télévision, de nouveaux équipements militaires exhibés à Niamey et l’annonce d’un déploiement conjoint de 5 000 hommes dans le cadre de l’Alliance des États du Sahel avec le Mali et le Burkina Faso, le régime peine à reconquérir les zones perdues.
Deux ans après le putsch, pour quoi faire ?
Le temps des discours semble désormais révolu. Deux ans après le coup d’État, le Niger n’est ni plus sûr, ni plus stable. L’échec de la stratégie militaire, l’absence de dialogue politique et l’isolement diplomatique fragilisent encore davantage un pays déjà à genoux.
« On ne peut pas demander au peuple de souffrir éternellement », confie un diplomate ouest-africain. « Cela fait deux ans qu’ils sont là. Pour quoi ? » Dans les rues de Niamey comme dans les villages du Liptako, la question résonne désormais plus fort que la propagande.
La Rédaction

