Dans l’est de la République démocratique du Congo, la ville de Goma traverse une crise monétaire aiguë. Depuis plusieurs semaines, les établissements bancaires peinent à fournir de l’argent liquide à leurs clients. Cette pénurie s’aggrave dans les zones contrôlées par le M23, où les circuits financiers officiels sont fortement perturbés.
Fermeture de la Banque centrale locale
Le retrait de la Banque centrale du Congo (BCC) de Goma, décidé par les autorités congolaises, a marqué un tournant. Kinshasa entend ainsi couper l’accès aux flux monétaires dans les zones passées sous contrôle rebelle, en particulier dans le Nord-Kivu. Cette décision vise à désorganiser l’administration parallèle mise en place par le M23, qui exerce une autorité de fait sur plusieurs localités stratégiques.
Des conséquences immédiates sur l’économie locale
Depuis la fermeture de l’agence de la BCC, les retraits d’argent sont devenus quasiment impossibles. Les banques commerciales sont confrontées à une pénurie de liquidités qui affecte aussi bien les particuliers que les entreprises locales. Les paiements en espèces, toujours majoritaires dans l’économie informelle congolaise, sont ralentis voire bloqués. Les commerces, marchés, services de santé ou d’éducation sont directement touchés.
Réaction du M23 : création de structures financières parallèles
En réponse, le M23 aurait entamé la mise en place de ses propres dispositifs de gestion financière. Objectif : permettre aux populations vivant sous son contrôle d’accéder à un minimum de services économiques. Cette initiative, toutefois, se heurte à un déficit de confiance et à l’absence de cadre réglementaire crédible. Les circuits informels de change ou de transfert d’argent deviennent les seules alternatives, avec des taux parfois désavantageux.
Un climat d’incertitude prolongée
La rareté du cash provoque un ralentissement général des échanges dans une région déjà fragilisée par l’insécurité. Les transferts par téléphonie mobile, un temps envisagés comme solution de repli, sont eux aussi limités par les coupures de réseau et les restrictions d’accès imposées dans certaines zones. Le déséquilibre entre les besoins de la population et les capacités de distribution monétaire s’accentue.
Un effet tactique aux conséquences sociales
La stratégie de Kinshasa vise à affaiblir le M23 en tarissant les ressources économiques. Mais dans les faits, ce sont les habitants qui subissent les répercussions les plus immédiates. La paralysie des flux monétaires risque de creuser davantage les inégalités, d’alimenter l’économie de survie et de fragiliser encore plus la cohésion sociale dans l’Est congolais.
La Rédaction

