Dans un geste stratégique à haute valeur économique, l’Afrique du Sud a proposé un accord de 12 milliards de dollars autour du gaz naturel liquéfié (GNL) avec les États-Unis. L’enjeu ne se limite pas à l’énergie : Pretoria cherche à garantir un accès préférentiel au marché américain pour ses véhicules, son acier et son aluminium.
L’annonce, faite le 26 mai par la ministre de la Présidence, Khumbudzo Ntshavheni, fait suite à la rencontre entre le président sud-africain Cyril Ramaphosa et son homologue américain Donald Trump, le 21 mai. Elle marque une tentative audacieuse de Pretoria pour redéfinir sa place dans les relations commerciales mondiales, en particulier avec Washington.
Du gaz américain pour alimenter une ambition économique
L’Afrique du Sud s’engagerait à importer chaque année entre 75 et 100 millions de mètres cubes de GNL américain, soit environ 75 à 100 pétajoules, pour une durée de dix ans. La valeur totale de l’accord pourrait ainsi atteindre entre 9 et 12 milliards de dollars, en fonction des prix du marché.
Cette opération serait renforcée par des investissements directs américains dans les infrastructures gazières sud-africaines, un levier clé pour un pays confronté à des coupures d’électricité chroniques et à une dépendance croissante à ses voisins, notamment au gazoduc du Mozambique, dont les réserves pourraient s’amenuiser.
Une porte d’entrée vers le marché américain
Mais le cœur de la stratégie sud-africaine réside ailleurs. En échange de cet engagement énergétique, Pretoria propose de bénéficier de quotas annuels en franchise de droits pour 40 000 véhicules exportés, ainsi que d’exemptions tarifaires sur les métaux sud-africains, dont l’acier et l’aluminium.
Il s’agit là d’un pari géopolitique calculé. À l’heure où Donald Trump renforce ses barrières douanières et pratique un nationalisme économique plus agressif, l’énergie devient un outil d’échange. Pour l’Afrique du Sud, obtenir un statut commercial préférentiel serait une victoire rare dans un contexte de guerre tarifaire globale.
Fracturation hydraulique et coopération technologique
L’accord propose également un partenariat dans le domaine de la fracturation hydraulique, une technologie américaine contestée, mais redoutablement efficace. L’objectif : développer la production locale de gaz en Afrique du Sud et accroître sa sécurité énergétique.
Pour Ntshavheni, cet accord ne vise pas à remplacer les fournisseurs actuels de gaz, mais à diversifier les sources. En somme, il s’agit d’une anticipation face à l’incertitude régionale et d’une manière de renforcer l’autonomie énergétique du pays tout en obtenant des gains commerciaux concrets.
En pariant sur le gaz américain pour stabiliser son économie et accéder aux avantages du marché américain, Pretoria joue une carte audacieuse. Ce choix, motivé autant par des contraintes énergétiques internes que par la nécessité de rester compétitive à l’échelle mondiale, illustre la complexité des nouvelles alliances commerciales. Dans ce grand jeu d’échecs diplomatique, l’Afrique du Sud avance ses pions avec prudence, mais détermination.
La Rédaction

