Dans le Sahel, le pouvoir s’exerce aujourd’hui sous le signe du treillis. Du Mali au Burkina Faso, en passant par le Niger, les régimes militaires ont pris les commandes, affirmant rompre avec les erreurs des dirigeants civils. Pourtant, cette manière d’imposer l’autorité s’inscrit dans une longue tradition où la fermeté de l’État l’emporte souvent sur la concertation. Un héritage politique qui trouve ses racines dans les années 1980, une époque où les juntes militaires dictaient leur loi sous couvert de stabilité et d’ordre national.
Des années 1980 à aujourd’hui : un cycle qui se répète
L’histoire du Sahel n’a jamais été tendre avec les régimes civils. Dès les années 1980, alors que la région traverse des crises économiques et sécuritaires, les militaires prennent le pouvoir dans plusieurs pays. Au Mali, Moussa Traoré, qui avait lui-même renversé Modibo Keïta en 1968, impose une gouvernance autoritaire jusqu’à sa chute en 1991. Au Burkina Faso, Thomas Sankara arrive au pouvoir en 1983 par un putsch, avant d’être lui-même renversé par Blaise Compaoré en 1987. Au Niger, les années 1990 sont marquées par une instabilité chronique où les coups d’État s’enchaînent.
Ces régimes se justifient alors par la nécessité d’un État fort, capable de tenir face aux crises internes et aux pressions extérieures. Mais avec le temps, beaucoup sombrent dans une gouvernance de plus en plus répressive, où l’armée devient le principal levier du pouvoir.
Un retour assumé à l’autorité militaire
Les années 2000 et 2010 ont vu l’émergence de régimes démocratiquement élus, mais le contexte sahélien reste explosif, notamment avec la montée du djihadisme. L’armée, autrefois acteur de l’ombre, revient progressivement sur le devant de la scène, jusqu’à reprendre officiellement les rênes. Le Mali, qui avait connu une transition démocratique après Moussa Traoré, bascule à nouveau sous le contrôle militaire en 2020 avec le renversement d’Ibrahim Boubacar Keïta. Deux ans plus tard, au Burkina Faso, Paul-Henri Sandaogo Damiba est lui-même évincé par Ibrahim Traoré, dans un coup d’État au sein du coup d’État. En 2023, c’est au tour du Niger de voir son président Mohamed Bazoum déposé par des militaires.
Ce retour des régimes militaires s’accompagne d’un discours offensif : rupture avec les anciennes puissances coloniales, rejet de l’ingérence occidentale et mise en avant d’un nationalisme souverainiste. Les juntes sahéliennes affirment incarner la volonté populaire face à des élites corrompues et déconnectées des réalités. Mais derrière ces déclarations, l’exercice du pouvoir reste marqué par des restrictions des libertés et une centralisation extrême du pouvoir.
Une autorité nécessaire ou un héritage à dépasser ?
Les populations du Sahel, fatiguées de l’insécurité et des promesses non tenues, ont souvent accueilli ces changements de pouvoir avec espoir. Mais à mesure que le temps passe, la question de la pérennité de ces régimes se pose. L’histoire récente montre que les juntes finissent souvent par ressembler aux régimes qu’elles dénoncent. L’autorité militaire, censée être une solution temporaire, devient un mode de gouvernance durable, parfois au détriment du pluralisme et des libertés individuelles.
Le Sahel, en quête de stabilité, semble revivre un schéma déjà observé dans les décennies passées. La grande inconnue reste de savoir si ces nouveaux pouvoirs militaires parviendront à briser ce cycle, ou si la “schlague” restera un héritage indépassable du pouvoir dans la région.
La Rédaction

