Le 15 février 2025, lors du 38e sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba, le Kenya a essuyé une défaite diplomatique qui pourrait marquer durablement ses ambitions continentales. Mahamoud Ali Youssouf, ministre des Affaires étrangères de Djibouti, a remporté l’élection à la tête de la Commission de l’Union africaine (CUA), succédant ainsi à Moussa Faki Mahamat, après une bataille acharnée contre plusieurs candidats, dont le Kenyan Raila Odinga. Ce résultat, bien que largement anticipé, révèle un tournant significatif dans la diplomatie africaine et expose les failles stratégiques du Kenya.
Le soutien sans réserve du président William Ruto à Israël, une position contraire aux aspirations panafricaines et aux priorités de l’Union africaine, a grandement pesé sur la candidature d’Odinga. Bien que l’Afrique ait largement soutenu une approche de solidarité avec la Palestine, la prise de position du Kenya a isolé son candidat sur la scène continentale. Cette divergence diplomatique a non seulement terni l’image du Kenya, mais a également mis en lumière l’incapacité du pays à naviguer habilement dans les sensibilités géopolitiques du continent.
À cette erreur de politique étrangère s’ajoute un climat de rivalités internes et de dissensions politiques au sein même du camp d’Odinga. L’absence de cohésion dans ses rangs a fragilisé sa campagne, créant un environnement propice à la désorganisation et à la désunion. Ces fissures ont été perçues comme un signe de faiblesse, nuisant à la crédibilité de la candidature kényane au moment où l’Afrique a besoin d’une Commission forte et unie pour peser dans les discussions mondiales.
La victoire de Djibouti, au contraire, traduit une diplomatie habilement menée, renforçant la position stratégique de ce petit pays dans la dynamique continentale. Youssouf incarne une approche pragmatique qui a séduit un large éventail de pays, notamment ceux de la Corne de l’Afrique, et s’est imposée comme un gage de stabilité pour une Union africaine qui cherche à se rapprocher des préoccupations locales tout en se projetant sur la scène internationale.
Le revers du Kenya dans cette élection à la Commission de l’Union africaine soulève ainsi des questions cruciales sur l’avenir de sa diplomatie et sur la manière dont les rivalités politiques internes et les prises de position internationales peuvent influencer son rôle de leader sur le continent.
La Rédaction

