Dans la nuit du 8 au 9 juin 2025, Sagmé, petite localité camerounaise située dans l’arrondissement de Fotokol, département du Logone-et-Chari, a été de nouveau frappée par Boko Haram. Mais cette fois, l’attaque marque un tournant majeur : les jihadistes ont utilisé pour la troisième fois des drones kamikazes, ciblant un camp militaire avec des engins explosifs volants.
Une guerre asymétrique qui se numérise
Déjà meurtrie par plus d’une décennie de violence, la région de l’Extrême-Nord du Cameroun entre désormais dans une nouvelle phase du conflit. L’usage de drones par Boko Haram signale un saut technologique préoccupant dans les moyens militaires du groupe. Alors que les assauts armés ou les engins explosifs improvisés (EEI) constituaient jusque-là les méthodes dominantes, l’introduction de drones ouvre la voie à une guerre asymétrique bien plus difficile à anticiper et à contrer.
Les forces camerounaises ont été prises par surprise. Selon des sources sécuritaires locales, l’explosion aurait été déclenchée à distance après qu’un drone a survolé le camp à basse altitude. Les dégâts restent limités, mais le symbole est fort. Le message envoyé par Boko Haram est clair : le groupe, bien que fragilisé dans certaines zones, est capable de se réinventer et d’intégrer des technologies meurtrières à bas coût dans son arsenal.
Sagmé, ville martyre
Située à seulement 7 kilomètres de la frontière avec le Nigeria, Sagmé paie le prix fort de sa géographie. Elle est régulièrement la cible d’attaques, du fait de sa proximité avec les zones d’influence de Boko Haram dans l’État nigérian de Borno. Depuis plusieurs années, l’armée camerounaise y maintient une présence stratégique, rendant la localité aussi vulnérable que cruciale dans la guerre contre le terrorisme.
Une menace régionale en mutation
Le recours aux drones kamikazes par Boko Haram ne représente pas uniquement une menace pour le Cameroun. Il s’agit d’un signal d’alerte pour toute la région du bassin du lac Tchad. Le Tchad, le Niger et le Nigeria, déjà confrontés à l’insécurité chronique dans leurs zones frontalières, doivent désormais anticiper une forme de violence qui ne respecte plus les frontières terrestres, ni les schémas classiques d’engagement militaire.
Si les drones utilisés ne sont, pour l’instant, que des modèles artisanaux souvent détournés du marché civil, leur efficacité tactique et leur potentiel de terreur sont considérables. Ils permettent de frapper des cibles précises, de contourner les barrages et de causer la panique avec un investissement technologique limité.
Le conflit contre Boko Haram entre dans une phase inquiétante. En introduisant les drones kamikazes dans son arsenal, le groupe terroriste démontre qu’il n’est pas seulement une menace résiduelle mais une organisation encore capable d’évolution. Pour le Cameroun, comme pour ses voisins du bassin du lac Tchad, cette guerre se gagnera désormais aussi dans les airs.
La Rédaction

