En République démocratique du Congo (RDC), le conflit dans l’est du pays franchit un nouveau cap avec la défection massive de policiers et de militaires en faveur du M23 et de son allié, l’Alliance Fleuve Congo (AFC). Environ 200 agents, arborant encore leurs uniformes des forces armées congolaises, ont prêté allégeance au mouvement politico-militaire soutenu par le Rwanda, lors d’une cérémonie à Bukavu, sous les yeux de la population.
Une défection forcée ou un choix de raison ?
Ce ralliement spectaculaire soulève de nombreuses interrogations. Certains y voient un choix contraint, dicté par la pression des rebelles et la dégradation des conditions de vie des policiers et militaires congolais. D’autres estiment qu’il s’agit d’un acte de survie face à un État incapable de subvenir aux besoins de ses forces de sécurité.
Jackson Nkamba, Commissaire supérieur principal de la Police nationale congolaise (PNC), justifie cette défection en dénonçant l’abandon de ses hommes par Kinshasa :
« Nous avons été formés avec l’argent du gouvernement congolais et je suis congolais. Si le gouvernement mettait les moyens en jeu, la police deviendrait professionnelle. On nous recycle pour devenir une nouvelle police, mais ce n’est pas une police qui va faire l’intervention à pied, une police qui va sur le terrain sans avoir mangé. »
Une déclaration qui en dit long sur la frustration des forces de l’ordre dans une région où la guerre a déjà causé des milliers de morts et aggravé une crise humanitaire sans précédent.
Le M23, Un gouvernement parallèle en marche
Alors que le Conseil de sécurité de l’ONU exige le retrait immédiat des rebelles du M23 et de l’AFC des territoires qu’ils occupent, ces derniers s’appuient sur le désespoir des populations et des forces de sécurité pour étendre leur influence.
Le général Byamungu, l’un des chefs du mouvement rebelle, tente de rassurer en présentant son projet comme une solution à l’insécurité :
« Toutes ces armes doivent être retirées de la population pour qu’elle vive en paix. Nous allons travailler ensemble pour assurer la sécurité. »
Pourtant, la réalité sur le terrain contredit ces déclarations. Dans les zones sous contrôle du M23, la violence persiste, les pillages se multiplient et l’insécurité règne en maître.
Vers une offensive sur Kinshasa ?
Sanctionné par les États-Unis pour son rôle dans la déstabilisation de l’est de la RDC, Lawrence Kanyuka, porte-parole du M23 et de l’AFC, justifie cette guerre contre Kinshasa :
« Les policiers qui nous rejoignent veulent travailler avec nous pour libérer le pays et lutter contre le tribalisme, l’exclusion et la mauvaise gouvernance. »
Mais derrière ce discours, l’objectif des rebelles semble clair : s’imposer comme une alternative au pouvoir en place et, à terme, prendre Kinshasa.
Les nouveaux déserteurs ont été transférés à Goma, où ils ont été présentés en grande pompe dans le stade de l’Unité dimanche dernier. Une démonstration de force qui intervient alors que les combats s’intensifient dans l’est du pays, notamment à Lubero, où des affrontements entre les FARDC et le M23 ont conduit à de nouveaux pillages.
Un État en péril ?
Pendant que le M23 et l’AFC étendent leur emprise, l’armée congolaise tente de limiter l’hémorragie en appelant les déserteurs à regagner leurs unités. Mais face à un État affaibli, incapable de garantir des conditions de vie décentes à ses forces de sécurité, l’ennemi semble avoir trouvé une arme redoutable : la misère.
La Rédaction

