Longtemps reléguée au second plan des crises sanitaires, la fièvre de Lassa continue pourtant de faire des ravages en Afrique de l’Ouest. Ce virus, transmis par les rongeurs et responsable d’une maladie potentiellement mortelle, connaît une recrudescence inquiétante, notamment au Nigeria. Face à l’absence de vaccin et à des moyens de diagnostic limités, les chercheurs et les autorités sanitaires redoublent d’efforts pour endiguer sa propagation.
Une maladie méconnue mais redoutable
Identifiée pour la première fois dans les années 1960, la fièvre de Lassa affecte principalement le Nigeria, la Guinée, le Liberia et la Sierra Leone. Pourtant, elle reste largement méconnue du grand public, bien qu’elle touche chaque année entre 100 000 et 300 000 personnes et cause plus de 5 000 décès. Contrairement à Ebola, qui suscite une mobilisation internationale à chaque résurgence, Lassa continue de progresser dans l’ombre, sans vaccin homologué ni véritable stratégie globale de prévention.
Le virus, qui s’attaque aux organes et peut provoquer des hémorragies sévères, est particulièrement redouté par les femmes enceintes et les personnels de santé, qui figurent parmi les plus vulnérables. Dans ses formes les plus graves, il entraîne des défaillances d’organes, rendant les chances de survie minces.
Le Nigeria en première ligne
Depuis le début de l’année, le Nigeria fait face à une nouvelle flambée de la maladie. L’État d’Ondo, l’un des plus touchés, a déjà recensé plus de 100 cas, tandis que le bilan national dépasse les 500 infections et 90 décès. La transmission se fait principalement par contact avec l’urine ou les excréments de rongeurs infectés, qui prolifèrent dans les habitations et les réserves alimentaires, favorisés par des conditions de vie précaires.
Dans les zones rurales, les maisons en briques de terre et l’absence de protection efficace contre les nuisibles augmentent les risques de contamination. « Même dans la chambre à coucher, les rats trouvent un moyen d’entrer », témoigne Michael Olonite, survivant et militant engagé dans la sensibilisation sur la maladie.
Entre stigmatisation et désinformation
Malgré sa dangerosité, la fièvre de Lassa est encore entourée de nombreuses croyances erronées. Beaucoup l’associent à une malédiction ou à une attaque mystique, retardant ainsi la prise en charge médicale. « Certains préfèrent se tourner vers des guérisseurs traditionnels au lieu d’aller à l’hôpital », déplore Michael Olonite, qui œuvre pour informer les populations sur la nécessité d’une prise en charge précoce.
Les survivants sont souvent confrontés à des séquelles durables, notamment une perte d’audition, mais aussi à la stigmatisation sociale. « Après ma guérison, certains voisins refusaient de me rendre visite. Mais je continue à témoigner pour briser ces tabous », confie Michael, surnommé « Baba Lassa » dans sa communauté.
Une menace qui dépasse l’Afrique
Si la fièvre de Lassa a longtemps été cantonnée à l’Afrique de l’Ouest, elle est désormais surveillée de près à l’échelle internationale. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) la classe parmi les maladies à potentiel pandémique, tandis que le Royaume-Uni et les États-Unis l’ont inscrite sur leur liste des agents pathogènes à haut risque.
Face à la menace, la recherche s’accélère. Le Nigeria, en partenariat avec des organismes internationaux, mène des essais cliniques sur plusieurs vaccins candidats. L’un d’eux est actuellement testé au Nigeria, au Ghana et au Liberia, avec l’espoir d’une homologation rapide.
En attendant, les efforts de prévention reposent essentiellement sur des mesures d’hygiène et de lutte contre les rongeurs. Mais sans un engagement international plus fort, la fièvre de Lassa continuera de frapper en silence, emportant des vies dans une indifférence quasi-générale.
La Rédaction

