Alors que la transition écologique s’impose comme un impératif mondial, plusieurs pays africains poursuivent une stratégie fondée sur l’exploitation intensive des hydrocarbures. Inspirée du slogan « Drill, baby, drill » popularisé par Donald Trump, cette orientation repose sur un pari : que le pétrole et le gaz restent les moteurs du développement économique africain. Mais cette voie, qui rejoue le scénario fossile occidental, soulève de nombreuses questions.
L’énergie fossile, toujours perçue comme un levier de développement
« Ce que le gaz a fait pour l’Europe dans le développement, nous avons besoin de ça », affirme Verner Ayukegba, vice-président de la Chambre africaine de l’énergie. Pour lui, l’accès à une énergie abondante et bon marché est une condition indispensable à l’industrialisation du continent.
En 2025, près de 150 blocs pétroliers et gaziers sont mis en appel d’offres dans une dizaine de pays africains. Des projets d’envergure sont lancés, les gouvernements espérant attirer les investisseurs étrangers pour exploiter ce potentiel fossile encore largement sous-exploité.
Namibie, Nigeria : des géants aux ambitions contrariées
La Namibie attire l’attention avec ses découvertes pétrolières récentes. Le projet géant de TotalEnergies y symbolise cet espoir de richesses à venir. Mais les défis techniques, les délais d’exécution et l’incertitude sur les coûts freinent son avancement.
Au Nigeria, le gaz naturel liquéfié est au cœur de la stratégie énergétique. Le projet mené par UTM Offshore, évalué à 5 milliards de dollars, peine à se concrétiser malgré une demande mondiale soutenue. Le manque d’investissements freine le développement du secteur, aggravé par la baisse des cours du pétrole, qui fragilise les rentabilités à court terme.
L’Afrique et le piège du modèle occidental
En optant pour une stratégie centrée sur les hydrocarbures, l’Afrique suit les pas d’un modèle occidental aujourd’hui critiqué pour son rôle dans la crise climatique. Tandis que l’Europe et les États-Unis accélèrent leur transition énergétique, le choix africain interroge : s’agit-il d’un retard assumé ou d’une répétition d’une erreur historique ?
La reprise du slogan trumpien — « Drill, baby, drill » — n’est pas anodine. Elle incarne un refus de se laisser dicter une trajectoire par des pays du Nord qui ont eux-mêmes bâti leur puissance sur le charbon, le pétrole et le gaz. Ce choix traduit une volonté de souveraineté énergétique, mais aussi une contradiction fondamentale à l’heure où le monde cherche à limiter ses émissions.
Forer ou innover : le tournant à ne pas manquer
Le paradoxe est d’autant plus flagrant que l’Afrique dispose d’un potentiel exceptionnel en énergies renouvelables : solaire, éolien, hydroélectricité et géothermie. Pourtant, les financements internationaux peinent à suivre, et les gouvernements continuent de privilégier les filières fossiles, souvent perçues comme plus rapides à rentabiliser.
Le continent est à la croisée des chemins. Soit il s’enracine dans une économie extractiviste, dépendante des marchés mondiaux, soit il investit dans une transition énergétique propre, adaptée à ses réalités climatiques et économiques. L’urgence n’est pas seulement climatique, elle est aussi stratégique : le choix d’aujourd’hui façonnera la souveraineté et la résilience de demain.
La Rédaction

