Dans l’est du Soudan, la campagne agricole est devenue une course contre deux menaces simultanées : le retard des pluies et l’explosion du coût des intrants. À Gedaref, l’une des principales régions céréalières du pays, cette combinaison fragilise les cultures de sorgho et de sésame au moment où près de 19,5 millions de Soudanais sont déjà confrontés à une insécurité alimentaire aiguë.
Des semis suspendus à l’arrivée des pluies
À Gedaref, les agriculteurs ont engagé la saison avec une pluviométrie insuffisante et irrégulière. Le retard des précipitations complique notamment l’installation du sésame, particulièrement sensible au calendrier des semis, mais fait également planer une menace sur le sorgho, aliment de base pour une grande partie de la population.
Sur le terrain, certains producteurs hésitent désormais entre semer malgré des conditions défavorables ou retarder les opérations au risque de raccourcir davantage la saison agricole. Des spécialistes recommandent l’utilisation de variétés plus résistantes à la sécheresse ainsi qu’une adaptation du calendrier lorsque les conditions l’exigent.
Dans une région qui joue un rôle central dans l’approvisionnement du pays, un mauvais démarrage de la saison pourrait avoir des conséquences bien au-delà des exploitations locales.
Produire coûte de plus en plus cher
Le climat n’est pourtant qu’une partie du problème. Carburant, engrais, semences et main-d’œuvre absorbent désormais une part croissante des ressources des agriculteurs.
Le prix d’un sac de semences de sorgho, donné à 160 000 livres soudanaises lors de la précédente campagne par un producteur interrogé à Gedaref, atteint désormais 270 000 livres. Le carburant a également subi de fortes hausses : dès le printemps, des producteurs de la région signalaient que le prix du baril avait doublé en quelques mois.
Les perturbations des échanges dans le Golfe ont accentué cette pression. Le Soudan reste fortement dépendant des importations pour certains intrants, notamment les engrais, ce qui expose directement les exploitants aux fluctuations des prix internationaux et aux difficultés d’approvisionnement.
Pour de nombreux agriculteurs, la question n’est donc plus seulement de savoir combien ils pourront récolter, mais quelle superficie ils pourront réellement se permettre de cultiver.
Une mauvaise récolte dans un pays déjà au bord de la rupture
Cette incertitude intervient alors que la crise alimentaire reste considérable. Les dernières données de l’IPC indiquent qu’environ 19,5 millions de personnes, soit 41 % de la population, faisaient face à des niveaux élevés d’insécurité alimentaire aiguë en 2026. Parmi elles, plus de cinq millions se trouvaient en situation d’urgence alimentaire.
La FAO et le Programme alimentaire mondial classent par ailleurs le Soudan parmi les foyers de faim les plus préoccupants au monde. Quatorze zones du Darfour et du Kordofan étaient encore considérées comme exposées à un risque de famine au cours de la période allant jusqu’en septembre.
Après plus de trois ans de guerre, déplacements de population, destruction des infrastructures et difficultés d’accès aux marchés ont déjà fortement réduit les capacités de production agricole.
Gedaref, un enjeu qui dépasse la saison des pluies
La situation de Gedaref montre ainsi comment plusieurs crises désormais imbriquées peuvent se renforcer mutuellement. La guerre réduit les capacités de production et de transport, la hausse des prix limite les surfaces cultivables et l’incertitude climatique menace les rendements.
Dans un pays où des millions de personnes dépendent déjà de l’aide ou disposent de réserves alimentaires extrêmement limitées, une mauvaise récolte ne serait pas seulement un revers économique. Elle réduirait encore l’offre de céréales disponibles et pourrait accentuer les tensions sur les prix alimentaires au cours des prochains mois.
La Rédaction
Sources : FAO, IPC et Programme alimentaire mondial, mai-juin 2026 ; données et témoignages agricoles recueillis à Gedaref, août 2026. (FAOHome)

