Après plus d’une décennie de crise sécuritaire qui a profondément bouleversé les circuits touristiques, le Mali tente de reconstruire son secteur en changeant de cible. Du 1er au 30 septembre 2026, le pays organisera son premier Mois du tourisme avec une priorité : convaincre davantage de Maliens de voyager à l’intérieur de leurs propres frontières.
Placée sous le thème « Le tourisme interne, vecteur du renforcement du patriotisme », l’initiative a été présentée aux professionnels du secteur par le ministre de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme, Mamou Daffé.
Faire du Malien un touriste dans son propre pays
Excursions à Koulikoro et Bougouni, campagnes de promotion, conférences, émissions consacrées au patrimoine et désignation d’ambassadeurs de la destination Mali doivent rythmer le mois de septembre.
L’objectif économique est clair : générer davantage d’activité pour les hôtels, guides, transporteurs, restaurateurs et artisans alors que la clientèle internationale reste fortement affectée par l’insécurité.
Cette orientation prolonge la campagne « Les Maliens visitent le Mali », lancée en 2025, ainsi que le Bamako City Tour, dont la quatrième édition se poursuit jusqu’au 27 septembre.
Un secteur qui ne s’est jamais remis de 2012
Le changement de stratégie s’explique par l’ampleur de l’effondrement subi par le tourisme. Les arrivées dans les établissements d’hébergement étaient passées de 194 868 en 2011 à 46 859 en 2012, soit une chute d’environ 76 % en une seule année.
La fréquentation n’a ensuite jamais retrouvé durablement ses niveaux antérieurs, tandis que les crises sécuritaires successives ont rendu plusieurs destinations historiques beaucoup plus difficiles d’accès.
Le patrimoine malien reste pourtant considérable. Quatre sites sont inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO. Trois d’entre eux — Tombouctou, les villes anciennes de Djenné et le tombeau des Askia — figurent également sur la liste du patrimoine mondial en péril.
Un test avant le retour du SITOUR
Le pari du tourisme intérieur ne supprimera pas les difficultés sécuritaires, mais il pourrait réduire la dépendance du secteur envers les visiteurs internationaux et maintenir une activité autour des destinations accessibles.
Septembre constituera à ce titre un premier test avant un autre rendez-vous attendu : le retour du Salon international du tourisme de Bamako (SITOUR), dont la cinquième édition est annoncée pour octobre. La précédente remontait à 2011, juste avant la crise qui allait bouleverser durablement le secteur.
Quinze ans plus tard, ce retour aura valeur de symbole. Mais pour mesurer une véritable relance, le Mali devra surtout déterminer si ses propres habitants peuvent devenir une clientèle suffisamment importante pour faire vivre durablement hôtels, sites touristiques et métiers du patrimoine.
La Rédaction
Sources : Ministère malien chargé du Tourisme ; UNESCO ; données statistiques du secteur touristique malien.

