« Sous la Transition, le principe de l’État de droit résiduel est régulièrement violé […], la loi du plus fort prévaut de plus en plus. » Ces mots, lourds de sens, ouvrent une tribune signée par seize intellectuels maliens — juristes, économistes, sociologues, ingénieurs ou médecins. Tous dénoncent la disparition progressive des libertés fondamentales et la montée d’un pouvoir autoritaire sous régime militaire.
Dans leur texte, ces personnalités alertent sur les arrestations ciblées, la disparition des voix critiques et l’absence de volonté politique de sortir du régime d’exception qui dure depuis cinq ans. Ils constatent que les Maliens sont aujourd’hui privés de leur droit élémentaire de participer à la gestion des affaires publiques.
Une alerte citoyenne face à la dérive autoritaire
Les signataires appellent fermement à la libération de tous les prisonniers d’opinion, à l’organisation d’élections libres et crédibles, et à l’ouverture d’un dialogue avec les acteurs politiques. Leur tribune plaide également pour une justice indépendante, crédible et équitable, ainsi qu’un nouveau calendrier électoral.
Certains de ces intellectuels avaient pourtant soutenu ou participé aux mécanismes de la Transition, notamment les Assises nationales de la refondation ou la rédaction de la nouvelle Constitution. Ils rappellent que ce texte garantit les libertés fondamentales, et que le président de la Transition y a juré fidélité par serment.
Tribune de rupture
La tribune, datée du 19 mai et diffusée le 22, intervient dans un contexte de répression croissante contre le mouvement pro-démocratie. Une semaine plus tôt, toutes les organisations politiques du pays avaient été dissoutes par les autorités de transition.
Signataires discrets mais engagés
Parmi les signataires, on compte un ancien ministre et plusieurs membres de partis dissous. Leurs appartenances politiques ne sont pas mentionnées pour éviter des représailles. Mais la majorité d’entre eux ne sont pas politisés : ils viennent du monde académique, juridique, économique, ou de la société civile, souvent liés à des institutions maliennes ou internationales de renom.
Tous partagent la même conviction : ne pas se rendre complice par le silence, et refuser l’indifférence face à ce qu’ils considèrent comme une dérive grave de la République.
La Rédaction

