Une opposition à géométrie variable, entre dénonciation de la Constitution et participation sélective aux élections
Lomé, 3 juillet 2025
À deux semaines des élections municipales prévues le 17 juillet, deux partis de l’opposition — l’Alliance des Démocrates pour le Développement Intégral (ADDI) et la Dynamique Monseigneur Kpodzro (DMP) — ont annoncé leur retrait du processus électoral. Un acte fort, justifié selon eux par l’insécurité ambiante et le manque de garanties démocratiques. Mais cette posture soulève des interrogations sur la cohérence stratégique d’une opposition divisée.
Une annonce conjointe le 1er juillet
Dans une déclaration commune publiée le 1er juillet, ADDI, DMP, ainsi que d’autres partis et organisations civiles, ont exigé le report “sine die” des élections municipales. Ils invoquent un climat sociopolitique instable, marqué notamment par les violences survenues lors des manifestations du 26 au 28 juin à Lomé. Face au refus du gouvernement de suspendre le processus, ADDI et DMP ont confirmé leur retrait pur et simple de la compétition électorale.
« Il est irresponsable de maintenir ce scrutin alors que des citoyens ont été tués ou emprisonnés, et que les libertés fondamentales sont bafouées », ont-ils écrit.
Une dénonciation sélective du cadre institutionnel
Mais ce retrait met aussi en lumière les contradictions internes d’une opposition morcelée, qui continue de participer de manière fragmentaire à des élections organisées dans le cadre de la nouvelle Constitution promulguée en mai 2024 — pourtant massivement contestée par ces mêmes partis.
Lors des législatives d’avril 2024, ADDI comme DMP étaient absents, invoquant déjà l’illégitimité du régime. Pourtant, d’autres membres de la coalition d’opposition, comme l’ANC ou Santé du Peuple, ont bien présenté des candidats à ces mêmes élections. Aujourd’hui, certains appellent au boycott des municipales, tandis que d’autres y participent activement. Un double discours qui sème la confusion dans l’opinion publique et affaiblit la crédibilité du front démocratique.
Le pouvoir reste inflexible
Le gouvernement, par l’intermédiaire de la CENI, a maintenu le cap : la campagne électorale a bien débuté le 1er juillet et prendra fin le 15 juillet. Le scrutin est maintenu au 17 juillet 2025. Le ministère de l’Administration territoriale parle d’un « acte irresponsable » de la part de l’opposition et appelle les citoyens à « faire confiance aux institutions républicaines ».
Vers un scrutin déséquilibré ?
Le retrait de l’ADDI et de la DMP — deux formations présentes dans les collectivités locales depuis 2019 — risque de déséquilibrer la compétition, en réduisant l’alternative politique dans plusieurs communes. Pour autant, il illustre aussi une impasse stratégique : refuser le cadre institutionnel sans en proposer un autre, participer à certaines élections tout en délégitimant l’ensemble du système.
À moins de deux semaines du scrutin, le Togo entre dans une zone grise démocratique. Entre retrait tactique et incohérence politique, l’opposition peine à parler d’une seule voix. Le risque ? Offrir au pouvoir un boulevard institutionnel, faute d’unité et de stratégie durable.
La Rédaction

