Un travail précoce au cœur de l’économie bleue
À Zanzibar, les vagues de l’océan Indien cachent une réalité souvent ignorée : des enfants travaillent dans la pêche et les activités marines, piliers de l’économie bleue de l’archipel, mais au prix de leur santé, de leur sécurité et de leur éducation.
Une étude récente de l’Université de Dar es Salaam révèle que cette implication est loin d’être marginale. Les enfants engagés dans la pêche, le traitement du poisson ou la culture d’algues souffrent d’une fatigue extrême, de blessures causées par les arêtes de poissons, les moteurs de bateaux ou les outils tranchants, et voient leur parcours scolaire compromis. Entre 2012 et 2015, environ 20 % des élèves des villages côtiers ont abandonné l’école, le travail des enfants étant l’une des causes principales.
Entre survie familiale et éducation compromise
Pour beaucoup, ces tâches ne sont pas un choix mais une nécessité. Les familles, confrontées à la baisse des stocks de poissons et aux effets du changement climatique sur les écosystèmes marins, font appel à leurs enfants pour contribuer aux revenus du ménage. Les enfants comme Asha, 13 ans, ou Salum, 14 ans, passent leurs journées dans l’eau ou sur les quais, aidant à nettoyer, saler et transporter le poisson, souvent au détriment de leur scolarité et de leur sécurité.
Cadre légal et limites de l’application
Le cadre légal tanzanien interdit le travail aux moins de 14 ans et limite les activités “légères” aux 15-17 ans, tandis que la pêche et la plongée avec des filets lourds sont strictement interdites pour les moins de 18 ans. Pourtant, l’application reste inégale, surtout dans les secteurs informels, et les enfants continuent de contribuer à la chaîne de valeur marine, souvent invisibles aux statistiques officielles.
Le paradoxe de l’économie bleue durable
Cette situation illustre le paradoxe de l’économie bleue à Zanzibar : un secteur promu pour sa durabilité et son potentiel économique, mais qui repose en partie sur le travail dangereux des enfants. Les algues récoltées par les filles alimentent les marchés internationaux de la cosmétique et de la pharmacie, et le poisson nettoyé par les enfants est vendu dans les villes. Pourtant, leur contribution reste largement non reconnue et peu protégée.
Initiatives et mesures de protection des enfants
Face à ce constat, les autorités locales tentent de combler les lacunes. Des patrouilles cibléessurveillent les zones de pêche pour identifier les enfants en danger, tandis que des ateliers de sensibilisation informent les familles sur les risques et les droits des enfants. Des réformes de licences et d’enregistrement des bateaux facilitent également la supervision et l’intervention en cas de travail dangereux.
Une enfance mesurée par la marée
Pour les enfants de Zanzibar, l’océan reste un lieu de travail plus que de jeu. Beaucoup rêvent d’un avenir différent : Asha souhaite devenir infirmière, Salum veut enseigner. Mais pour l’instant, leur enfance se mesure à la marée et à la récolte du jour.
L’archipel fait la promotion d’une économie bleue durable, mais la question reste entière : comment concilier prospérité et protection des enfants ? La réponse conditionnera l’avenir de milliers de jeunes Zanzibari, pour qui le rêve d’éducation et de sécurité reste fragile face aux exigences de la mer.
La Rédaction

