Les ruptures d’approvisionnement en engrais exposent plusieurs pays à une baisse des rendements agricoles et à une pression accrue sur les prix alimentaires
La guerre au Moyen-Orient ne perturbe plus uniquement les flux énergétiques. Elle s’étend désormais à un autre pilier essentiel de l’économie mondiale : les engrais agricoles. Les livraisons transitant par le détroit d’Ormuz sont affectées, faisant planer un risque direct sur la sécurité alimentaire en Afrique et en Asie du Sud.
Un corridor stratégique pour les intrants agricoles
Le détroit d’Ormuz constitue l’un des principaux passages maritimes du commerce mondial. Il est également un point clé pour l’acheminement des engrais produits ou exportés depuis la région du Golfe, qui représente environ 30 % de l’offre mondiale de fertilisants.
Toute perturbation dans ce corridor entraîne immédiatement des tensions sur les chaînes d’approvisionnement, en particulier pour les pays fortement dépendants des importations agricoles.
Un choc logistique et un renchérissement structurel
Les conséquences sont doubles. D’une part, les perturbations maritimes créent des ruptures d’approvisionnement immédiates. D’autre part, la hausse du prix du gaz, principal intrant dans la fabrication des engrais azotés, alimente une pression durable sur les coûts de production.
Selon l’économiste en chef de la FAO, Maximo Torero, ce mécanisme combiné peut entraîner une hausse des prix mondiaux des fertilisants de 15 à 20 % si la situation se prolonge.
L’Asie du Sud en première ligne
Les pays d’Asie du Sud figurent parmi les plus exposés à ce choc. Leur agriculture repose sur des systèmes intensifs, notamment pour les cultures de riz, de blé et de maïs, où l’usage d’engrais conditionne directement les rendements.
Le Bangladesh présente un niveau de vulnérabilité particulièrement élevé, avec plus de la moitié de ses engrais azotés importés depuis le Golfe et une forte intensité d’utilisation par hectare. L’Inde et la Thaïlande sont également considérées comme sensibles à toute rupture prolongée des flux.
Une fragilité structurelle en Afrique subsaharienne
En Afrique subsaharienne, le problème prend une autre forme. Les niveaux d’utilisation d’engrais y sont déjà faibles, mais leur hausse de prix entraîne une réduction encore plus marquée des quantités appliquées.
Cette diminution se traduit immédiatement par une baisse des rendements agricoles, dans des systèmes déjà fragilisés par des sols appauvris. Plusieurs pays, dont le Soudan, la Somalie, le Kenya et la Tanzanie, figurent parmi les plus exposés à ce type de choc.
Des impacts en cascade sur les marchés alimentaires
Les effets de ces perturbations ne se limitent pas aux pays importateurs. Une réduction des rendements agricoles dans les grandes zones de production peut également affecter les marchés mondiaux.
Des pays exportateurs comme le Brésil pourraient être indirectement touchés si la hausse des coûts des intrants conduit à une baisse de la production. À l’échelle mondiale, la pression sur les prix alimentaires pourrait s’intensifier.
Des alternatives encore limitées
Face à cette dépendance, certaines solutions agroécologiques sont mises en avant : utilisation de légumineuses, rotation des cultures, fumier ou jachères prolongées. Ces pratiques permettent d’améliorer la fertilité des sols, mais leur déploiement reste limité par les contraintes de terres et de rendement.
Les experts soulignent ainsi que les engrais chimiques demeurent, à court et moyen terme, un élément central de la production agricole mondiale.
Une crise dépendante de la durée du conflit
Pour la FAO, l’évolution de la situation dépendra principalement de la durée des perturbations dans le détroit d’Ormuz. Si elles se prolongent, les premiers impacts significatifs sur la production agricole pourraient apparaître en l’espace d’un cycle de culture, soit six à douze mois, avec une transmission rapide aux prix alimentaires.
La Rédaction

