À quelques mois des élections générales prévues en octobre 2025, la Tanzanie s’enfonce dans une spirale inquiétante de répression et d’intimidation. Alors que le procès très suivi du chef de l’opposition Tundu Lissu concentre les regards, des militants venus d’Ouganda et du Kenya ont été arrêtés, torturés, puis expulsés, dans ce qui semble être une stratégie d’intimidation systématique visant à étouffer toute solidarité régionale.
Des militants étrangers ciblés et torturés
L’avocate ougandaise Agather Atuhaire et le célèbre militant kenyan Boniface Mwangi en ont fait les frais. Arrêtés dans leurs hôtels à Dar es Salaam, ils ont disparu pendant plusieurs jours avant d’être retrouvés, victimes de traitements inhumains. Atuhaire, retrouvée à la frontière ougandaise, a dénoncé des actes de torture particulièrement barbares : viol, coups, humiliation filmée. Mwangi, lui, a été abandonné à la frontière kenyane après avoir été battu. Le message est clair : les “fauteurs de troubles” étrangers ne sont pas les bienvenus en Tanzanie.
Une répression qui touche aussi les nationaux
La brutalité ne s’arrête pas aux frontières. Mdude Nyangali Mpauka, figure de l’opposition, a disparu début mai. Ce militant du parti Chadema, déjà victime de multiples enlèvements depuis 2016, aurait appelé à manifester contre les violences policières lors du procès de Tundu Lissu. Depuis, aucun signe de vie. Un climat d’impunité s’installe, renforcé par la loi de 2023 sur les services de renseignement, qui donne carte blanche aux forces de sécurité sans obligation de rendre des comptes.
Samia Suluhu, gardienne autoritaire de la stabilité nationale
La présidente Samia Suluhu Hassan, au pouvoir depuis la mort de John Magufuli, s’emploie à verrouiller l’espace politique en désignant toute critique comme une tentative étrangère de déstabilisation. Lors du lancement de la nouvelle politique étrangère en mai, elle a déclaré vouloir défendre la souveraineté du pays contre “les ingérences extérieures”. Ce discours nationaliste, nourri par une rhétorique anti-activiste, sert désormais de justification à la violence d’État.
La démocratie en recul dans une ancienne terre d’accueil révolutionnaire
Longtemps considérée comme un bastion de la solidarité panafricaine et un havre pour les mouvements de libération du continent, la Tanzanie semble tourner le dos à son histoire. Jadis soutien de l’ANC sud-africaine, de la SWAPO namibienne ou même du Biafra nigérian, le pays ferme désormais ses frontières à ceux qui contestent l’ordre établi. Même les journalistes étrangers doivent aujourd’hui être surveillés par des accompagnateurs gouvernementaux.
Une région inquiète mais divisée
Les réactions régionales restent timides, parfois contradictoires. Tandis que les ambassadeurs kényan et ougandais expriment leur préoccupation par écrit, leurs chefs militaires affichent un soutien ouvert aux déclarations de Samia. Le double langage diplomatique illustre la fragilité de la solidarité régionale face à une dérive autoritaire.
La société civile ne se résigne pas
Face à l’autoritarisme grandissant, une résistance s’organise. Sur les réseaux sociaux, des internautes kenyans auraient répliqué aux abus tanzaniens par des cyberattaques visant des institutions publiques. En Tanzanie, les appels à la défense de la démocratie se multiplient, portés par des figures comme Tundu Lissu ou des avocats comme Boniface Mwakubusi. Malgré la peur, le peuple tanzanien semble prêt à se battre pour ses droits.
À l’approche du scrutin d’octobre, la Tanzanie s’éloigne de plus en plus des principes démocratiques qu’elle a longtemps incarnés. La violence contre les militants, qu’ils soient locaux ou étrangers, révèle une présidence déterminée à tout contrôler pour assurer sa réélection. Le silence ou la complaisance des voisins africains risque de renforcer cette dérive. Face à cette situation, la société civile régionale reste la dernière ligne de défense.
La Rédaction

