L’élection présidentielle d’octobre 2025 en Tanzanie s’annonce comme un tournant majeur. Après quatre années passées à la tête du pays, Samia Suluhu Hassan veut décrocher son propre mandat, mais l’opposition, ragaillardie, ne compte pas lui faciliter la tâche. Entre ouverture politique, pressions internes et impatience populaire, la présidente joue gros.
Une présidence entre apaisement et critiques
Lorsque Samia Suluhu Hassan succède à John Magufuli en mars 2021, la Tanzanie sort d’une période de gouvernance musclée. Le régime de son prédécesseur, marqué par la répression et le contrôle strict de l’espace politique, a laissé des traces. Dès son arrivée, la première femme présidente du pays adopte une approche plus conciliante : elle libère des opposants, rouvre des médias interdits et engage un dialogue politique inédit.
Ces gestes d’ouverture séduisent une partie de la population et la communauté internationale, mais créent aussi des remous au sein de son parti, le Chama Cha Mapinduzi (CCM). Certains cadres, encore nostalgiques de la poigne de fer de Magufuli, l’accusent de fragiliser l’autorité du pouvoir. Ce jeu d’équilibriste entre réforme et continuité sera l’un des enjeux majeurs de sa campagne.
Un bilan économique en demi-teinte
Sur le plan économique, la présidente mise sur l’investissement étranger et des réformes pour améliorer le climat des affaires. La Tanzanie reste l’une des économies les plus dynamiques d’Afrique de l’Est, mais la réalité du terrain est plus nuancée : inflation, chômage et inégalités sociales pèsent sur le quotidien des Tanzaniens.
Si certains saluent son pragmatisme et ses efforts pour moderniser l’économie, d’autres jugent les résultats trop timides. À l’approche du scrutin, la grande question sera de savoir si la majorité des électeurs voient en elle la figure capable de transformer réellement leur quotidien.
Une opposition plus menaçante qu’en 2020
Face à elle, l’opposition ne compte pas rester spectatrice. En première ligne, le Chadema, parti historique d’opposition, retrouve un second souffle. Son leader emblématique, Tundu Lissu, est revenu d’exil après avoir survécu à une tentative d’assassinat en 2017. Il incarne l’espoir d’une alternance dans un pays où le CCM règne sans partage depuis l’indépendance en 1961.
Si l’élection de 2020 avait été marquée par une répression sévère et un scrutin largement contesté, 2025 pourrait être une autre affaire. L’opposition entend capitaliser sur la lassitude d’une partie des électeurs face à un régime perçu comme vieillissant. Mais le Chadema et les autres partis anti-CCM sauront-ils convaincre au-delà des bastions urbains et élargir leur base électorale aux zones rurales, toujours fidèles au parti au pouvoir ?
Un verdict incertain
À quelques mois du scrutin, la Tanzanie retient son souffle. Samia Suluhu Hassan a pour elle la stabilité et la force de l’appareil d’État, mais devra prouver qu’elle incarne l’avenir et non une simple transition. De son côté, l’opposition veut bousculer l’ordre établi, mais reste confrontée à des défis structurels.
Le duel qui se profile en 2025 ne sera pas qu’un simple affrontement électoral : il mettra à l’épreuve la résilience démocratique du pays. La Tanzanie est-elle prête à un changement profond, ou le CCM prouvera-t-il encore une fois qu’il est indéboulonnable ? Réponse dans les urnes.
La Rédaction

