Le désert du Namib, l’un des plus anciens et des plus arides de la planète, cache bien des mystères. Longtemps considéré comme un paysage inhospitalier, cet endroit pourrait bien avoir été autrefois un havre de vie pour les humains et les animaux. Des recherches récentes menées en Namibie viennent de dévoiler une découverte étonnante : un ancien lac, autrefois alimenté par une rivière, et un ensemble d’outils en pierre datant de plusieurs dizaines de milliers d’années. Ces traces révèlent que l’humain a pu s’installer dans ce désert bien plus tôt que prévu.
Aujourd’hui, la mer de sable du Namib s’étend sur près de 34 000 km² de dunes imposantes, mais autrefois, la région était bien différente. En réalité, les scientifiques pensent qu’un lac d’eau douce a existé dans la vallée de Narabeb, un site clé pour les chercheurs. Ce lac aurait été une ressource vitale pour les premiers humains, attirés par l’eau et la végétation saisonnière, en particulier pendant les périodes plus humides.
Une équipe de chercheurs, composée de géographes, d’archéologues et de spécialistes en géospatiale, a étudié ce site et découvert des outils en pierre de l’âge de pierre moyen. Ces objets, datant de 300 000 à 20 000 ans, témoignent de la présence d’hommes qui s’aventuraient dans cette région, probablement pour exploiter cette ressource rare. L’étude des sédiments du site a permis de dater l’existence du lac entre 231 000 et 223 000 ans, et à nouveau environ 135 000 ans.
La méthode utilisée pour dater ces sédiments est la luminescence, une technique qui permet de déterminer le moment où les grains de sable ont été enfouis sous terre, à l’abri de la lumière du soleil. Les résultats ont montré que le lac de Narabeb existait à une époque où le paysage était très différent de celui que l’on connaît aujourd’hui : loin des dunes qui dominent le site, il y avait probablement une plaine couverte de végétation, avec une rivière qui alimentait le lac.
Les dunes actuelles, qui peuvent atteindre plus de 100 mètres de haut, se sont formées bien après la disparition du lac. À l’aide d’un modèle mathématique, les chercheurs ont estimé qu’il aurait fallu environ 210 000 ans pour que ces dunes atteignent leur taille actuelle. Cela laisse penser que la formation des dunes a commencé juste après la période où le lac existait encore, créant des barrières naturelles qui ont peu à peu isolé la région.
Ce n’est pas la première fois que des outils en pierre sont retrouvés dans le désert du Namib. D’autres découvertes ont montré que les premiers humains, et même des espèces antérieures du genre Homo, ont laissé leur empreinte dans cette région. Ces découvertes ajoutent une nouvelle dimension à l’histoire de l’évolution humaine, prouvant que les déserts africains ont joué un rôle important dans l’histoire de l’humanité, bien au-delà des simples corridors de migration.
Les fouilles en cours dans le désert du Namib ouvrent de nouvelles perspectives sur l’adaptation humaine à des environnements extrêmes. Les résultats de ces recherches modifient notre compréhension des climats anciens et des périodes où le désert aurait pu soutenir la vie. Contrairement à l’idée reçue selon laquelle le Namib est sec depuis des millions d’années, ces découvertes suggèrent que ce désert a pu abriter des « corridors verts » où l’eau, la végétation et les humains coexistaient.
Grâce à un financement récent, l’équipe de recherche prévoit d’élargir ses investigations, en explorant d’autres sites archéologiques et en étudiant plus en détail l’évolution du climat et de l’environnement dans cette région. Les découvertes à venir pourraient bien révéler des pistes fascinantes sur les migrations humaines et les premières adaptations à un environnement changeant.
Ainsi, le désert du Namib, loin de se réduire à un simple espace de sable et de chaleur, devient peu à peu un terrain d’étude crucial pour comprendre les premiers pas de l’humanité dans des régions désertiques de plus en plus inaccessibles.
La Rédaction

