Le Somaliland a célébré les 35 ans de sa proclamation d’indépendance dans un contexte géopolitique particulièrement sensible. Cette commémoration intervient quelques mois après la reconnaissance officielle du territoire par Israël, une première au niveau international depuis la sécession unilatérale du Somaliland vis-à-vis de la Somalie en 1991.
Dans la capitale Hargeisa, les célébrations ont pris une dimension symbolique forte. Pour de nombreux habitants, cette reconnaissance représente une victoire diplomatique historique après plus de trois décennies d’isolement international. Mais derrière l’enthousiasme officiel, des inquiétudes persistent quant aux conséquences politiques, sécuritaires et régionales de ce rapprochement avec Israël.
Une reconnaissance qui bouleverse les équilibres régionaux
Depuis son autodétermination en 1991 après l’effondrement de l’État somalien, le Somaliland fonctionne comme un territoire autonome doté de ses propres institutions, de son armée et de son système politique. Malgré cette stabilité relative comparée au reste de la Somalie, aucune reconnaissance internationale officielle n’avait été accordée jusqu’à l’initiative israélienne de décembre dernier.
Cette décision a provoqué une vive réaction de Mogadiscio, qui continue de considérer le Somaliland comme une partie intégrante du territoire somalien.
Le Somaliland possède pourtant plusieurs atouts stratégiques majeurs : une longue façade maritime sur le golfe d’Aden, une position clé sur les routes commerciales mondiales ainsi qu’une situation sécuritaire souvent jugée plus stable que celle du reste de la Somalie.
Malgré cela, la majorité des États restent prudents, craignant qu’une reconnaissance officielle n’encourage d’autres revendications séparatistes dans différentes régions du monde.
Des tensions internes souvent ignorées
L’image d’un Somaliland entièrement stabilisé masque toutefois des fractures internes importantes. Les rivalités claniques demeurent fortes dans certaines régions, notamment dans l’Awdal, près de Djibouti, ainsi que dans les territoires orientaux disputés avec le Puntland.
Fin décembre, des manifestations ont éclaté à Borama contre la reconnaissance israélienne et contre le gouvernement d’Hargeisa, accusé par certains groupes de marginaliser plusieurs communautés locales.
Par ailleurs, le Somaliland ne contrôle pas totalement les territoires qu’il revendique. Les régions de Sool, Sanaag et Cayn restent au cœur d’importantes tensions avec des groupes opposés aux autorités somalilandaises.
En 2023, les affrontements autour de Las Anod avaient provoqué des milliers de victimes et d’importants déplacements de population, selon plusieurs organisations internationales de défense des droits humains.
Les craintes liées à la présence israélienne
La coopération avec Israël suscite également des réserves au sein même du Somaliland, territoire majoritairement musulman et conservateur. Plusieurs chefs religieux critiques à l’égard de ce rapprochement auraient été arrêtés ces derniers mois.
Le déplacement en janvier du ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Sa’ar a renforcé les tensions régionales, notamment après des déclarations évoquant une coopération sécuritaire accrue dans la région.
Des groupes armés comme les Houthis du Yémen ont déjà averti qu’une présence israélienne au Somaliland pourrait être considérée comme une cible militaire.
Les déclarations récentes de l’ancien général israélien Amir Avivi, évoquant la construction d’infrastructures israéliennes sur le territoire, ont également alimenté les inquiétudes d’une partie de la population locale.
Pour certains habitants, la reconnaissance internationale tant espérée pourrait désormais exposer le Somaliland à de nouvelles tensions régionales et à des risques sécuritaires inédits dans cette partie stratégique de la Corne de l’Afrique.
La Rédaction

