Les États-Unis veulent assécher les réseaux financiers du Hezbollah dans la région des trois frontières. Le programme “Rewards for Justice” passe à l’offensive.
Le Département d’État américain a lancé une alerte stratégique ce lundi 19 mai 2025 : jusqu’à 10 millions de dollars seront offerts à toute personne fournissant des informations permettant de perturber les activités financières du Hezbollah en Amérique latine. Une démarche qui s’inscrit dans une volonté américaine de contenir l’expansion internationale du mouvement chiite libanais, classé comme organisation terroriste par Washington.
Ce nouvel appel du programme Rewards for Justice, mis en place en 1984 pour lutter contre le terrorisme mondial, cible spécifiquement la zone des trois frontières (TBA) — une région poreuse entre l’Argentine, le Brésil et le Paraguay, déjà connue pour abriter une mosaïque de trafics illicites et de blanchiment d’argent.
« Le Hezbollah est présent dans l’hémisphère ouest depuis les années 1980 », rappelle le communiqué officiel, évoquant la persistance d’un réseau transnational d’une redoutable efficacité logistique et financière.
Une mémoire toujours vive : l’attentat de l’AMIA
Le Département d’État cite également le bombardement du centre communautaire juif AMIA, perpétré à Buenos Aires le 18 juillet 1994, comme l’un des crimes majeurs associés au Hezbollah en dehors du Moyen-Orient. Cet attentat, qui fit 85 morts et plus de 300 blessés, demeure un traumatisme encore vif dans la mémoire argentine et juive internationale.
Depuis, les soupçons sur les connexions latino-américaines du Hezbollah n’ont cessé de se renforcer, notamment par le biais de diasporas chiites, d’activités commerciales opaques et de connivences locales, parfois facilitées par la faiblesse institutionnelle de certains États de la région.
Une offensive symbolique et géopolitique
Derrière cette offre de récompense, les États-Unis cherchent à marquer leur territoire dans une région où l’influence iranienne et celle du Hezbollah sont vues comme des menaces indirectes à la sécurité occidentale. Le contexte est d’autant plus sensible que la coopération militaire croissante entre Téhéran, Caracas et La Havane inquiète Washington.
Cette initiative s’inscrit donc dans une stratégie d’endiguement, visant à limiter l’autonomie financière du Hezbollah à l’international. Mais elle reflète aussi une volonté politique plus large : rappeler que l’Amérique latine demeure sous surveillance, même en dehors des grandes crises géopolitiques du Moyen-Orient.
La Rédaction

