Le comptable général de l’Ouganda, Lawrence Semakula, se retrouve au centre d’un nouveau scandale de corruption après avoir été inculpé le 6 février pour blanchiment d’argent. Semakula, accompagné de huit autres fonctionnaires, est accusé d’avoir détourné près de 16 millions de dollars, destinés à rembourser des prêts de développement contractés auprès de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement.
Selon les accusations, les fonds auraient été transférés de manière frauduleuse vers des comptes bancaires à l’étranger, notamment au Japon et au Royaume-Uni, après avoir exploité les failles d’un système électronique de gestion des finances publiques. Semakula, arrêté le 4 février, et ses complices ont comparu devant le tribunal anti-corruption de Kampala, où ils ont été inculpés de plusieurs chefs d’accusation, dont blanchiment d’argent, fraude électronique et préjudice financier à l’État.
Ce scandale rappelle un précédent, celui de Geoffrey Kazinda, un ancien haut fonctionnaire condamné en 2013 pour un détournement similaire de fonds publics, dans une affaire impliquant des millions de dollars destinés à des programmes gouvernementaux. Pour Henry Muguzi, directeur exécutif de l’Alliance for Finance Monitoring, une organisation de surveillance des finances publiques, cette affaire met en lumière une “culture de l’impunité”, permettant à des fonctionnaires de détourner des fonds sans crainte de représailles.
Muguzi souligne également l’aspect incompréhensible de cette situation : « Un homme chargé de protéger l’argent du Trésor public devient celui qui facilite sa fraude. Cela soulève des questions sur l’implication de personnalités politiques de haut niveau, surtout à l’approche des élections prévues pour 2026. » L’affaire a donc des répercussions bien au-delà de la simple malversation financière.
Au-delà des soupçons d’implication politique, la population semble de plus en plus désensibilisée face à ces scandales successifs. La répétition de la corruption au sommet de l’État a provoqué une forme de résignation. Muguzi déplore cette indifférence, rappelant que de tels scandales sont désormais perçus comme faisant partie du quotidien en Ouganda.
Les neuf accusés, qui nient les charges, devront revenir devant le tribunal le 18 février pour la suite de l’enquête. Ce dossier pourrait marquer un tournant dans la lutte contre la corruption dans le pays.
La Rédaction

