Une étude récente met en lumière un risque phytosanitaire inédit pour les baobabs africains (Adansonia digitata), à partir d’un cas documenté au Sultanat d’Oman où un insecte invasif, le foreur du manguier (Batocera rufomaculata), a provoqué pour la première fois la mortalité d’arbres adultes de cette espèce emblématique.
Un signal biologique observé hors de son aire naturelle
Les chercheurs rapportent que l’insecte, originaire d’Asie du Sud-Est et déjà largement diffusé dans les zones tropicales et subtropicales, s’est établi dans une population isolée de baobabs dans le sud d’Oman, dans la région de Wadi Hinna. C’est dans ce contexte extra-africain que survient un constat inédit : la mort documentée de plusieurs baobabs adultes à partir de 2021, après infestation larvaire et dégradation progressive du tronc.
Au total, plusieurs effondrements successifs ont été observés sur une période de quelques années, confirmant un processus de déstabilisation structurelle de l’arbre plutôt qu’une mortalité immédiate.
Un mécanisme d’attaque silencieux sur une espèce emblématique
Contrairement à d’autres hôtes connus du coléoptère — notamment le manguier, le jacquier ou le mûrier — l’impact sur le baobab présente une dynamique particulière. Les larves ne se contentent pas de creuser des galeries profondes, mais induisent des zones de nécrose localisée dans les tissus internes du tronc.
Cette altération progressive compromet l’intégrité mécanique de l’arbre. Le baobab, espèce à croissance lente et à architecture massive, finit par céder sous son propre poids lorsque les tissus de soutien sont suffisamment dégradés.
Les données collectées à Oman indiquent que l’effondrement peut survenir plusieurs années après la première infestation, ce qui complique considérablement la détection précoce et les stratégies de gestion.
Une alerte pour les écosystèmes africains et malgaches
Si le cas documenté reste pour l’heure circonscrit à Oman, la portée écologique du phénomène concerne directement l’Afrique, où le baobab constitue une espèce structurante des savanes et zones sèches.
Les chercheurs soulignent que Batocera rufomaculata n’a pas encore été officiellement signalé en Afrique continentale sur baobab, mais sa présence est déjà attestée à Madagascar sur certaines espèces du genre Adansonia. Cette situation est jugée préoccupante dans la mesure où le continent abrite l’essentiel des populations naturelles de baobabs, ainsi que la majorité de leur diversité génétique.
À Madagascar, des observations antérieures ont relevé la présence de l’insecte sur des arbres adultes, sans toutefois documenter, à ce stade, des niveaux de mortalité comparables à ceux observés au Moyen-Orient.
Un risque d’introduction par les chaînes commerciales et agricoles
Les auteurs de l’étude identifient plusieurs voies potentielles d’introduction vers l’Afrique continentale, notamment le transport de plants ornementaux, de bois non traité et les flux commerciaux interrégionaux. La mobilité des adultes, capables de parcourir de longues distances, constitue également un facteur de dissémination secondaire une fois l’espèce installée.
Dans ce cadre, les ports et les zones de transit sont considérés comme des points critiques de surveillance sanitaire, en particulier dans les pays africains déjà intégrés aux circuits agricoles et horticoles internationaux.
Des mesures de contrôle encore expérimentales
Les dispositifs mis en œuvre à Oman combinent insecticides systémiques et de contact, retrait manuel des larves, traitements protecteurs des troncs et piégeage des adultes. Ces interventions ont permis de limiter la progression de l’infestation sur certains individus, sans pour autant l’éradiquer.
Les chercheurs insistent sur la nécessité de traitements continus et ciblés, la capacité de survie du baobab permettant une latence prolongée entre infestation et effondrement. Cette caractéristique biologique rend la menace particulièrement difficile à quantifier à court terme.
Une vulnérabilité structurelle des baobabs africains
Au-delà du cas omanais, les scientifiques alertent sur un point central : la vulnérabilité potentielle des baobabs africains à une expansion future de l’insecte. Espèces longévives, isolées et à croissance lente, les baobabs disposent de mécanismes de défense limités face à des agents xylophages opportunistes.
La littérature scientifique évoque déjà une capacité d’adaptation progressive de B. rufomaculata à de nouveaux hôtes, suggérant une expansion graduelle de son spectre alimentaire.
Une surveillance préventive plutôt que réactive
Face à ce risque, les chercheurs privilégient une approche de prévention stricte, fondée sur la détection précoce, le contrôle des flux de plantes et le renforcement des inspections phytosanitaires aux frontières.
Dans le contexte africain, où les baobabs jouent un rôle écologique, économique et culturel majeur, l’enjeu dépasse la seule dimension forestière : il concerne la stabilité d’écosystèmes entiers et la résilience des paysages de savane.
La Rédaction

