Depuis avril 2025, les autorités tunisiennes ont engagé une vaste opération d’expulsion de migrants subsahariens installés dans les oliveraies de la région de Sfax. Officiellement motivée par des raisons de sécurité et d’ordre public, cette campagne soulève des inquiétudes croissantes sur le plan humanitaire.
À l’est de la Tunisie, dans les vergers calcinés par le soleil de Sfax, un silence nouveau règne. Là où se dressaient des campements de fortune abritant des milliers de migrants subsahariens, les tentes sont à présent effacées, les feuillages brûlés, les traces piétinées. Depuis avril, la garde nationale tunisienne a intensifié les démantèlements de camps, poussant à la dispersion forcée de 20 000 à 30 000 personnes, selon ses propres chiffres.
Une opération d’envergure, sans précédent
Les interventions se multiplient, en particulier dans les localités rurales d’El Amra et Jebeniana, devenues malgré elles des pôles migratoires. Au nom de la préservation de la propriété privée et de la sécurité, la Tunisie ne cache plus sa volonté de couper court aux installations prolongées de migrants en transit. Pour le général Houssem Eddine Jebabli, porte-parole de la Garde nationale, il s’agit de marquer une ligne rouge : « La Tunisie ne sera pas une base arrière pour l’immigration irrégulière ».
Des démantèlements sous haute tension
Ce que les autorités appellent “évacuations” ressemble, selon de nombreux témoignages, à une véritable campagne de harcèlement : tentes brûlées, effets personnels détruits, arrestations aléatoires. La coordination avec l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) permet à certains de repartir dans leur pays d’origine via des retours volontaires, mais les places sont limitées et les procédures longues.
Certains migrants sont reconduits en bus vers des zones semi-désertiques, sans eau ni abri. Une méthode dénoncée par plusieurs ONG locales, qui parlent d’abandon délibéré, sans accompagnement ni alternative.
La Tunisie au carrefour de toutes les contradictions
La Tunisie se trouve aujourd’hui prise entre deux feux. D’un côté, l’Union européenne multiplie les appels à un renforcement du contrôle migratoire, au besoin via des aides financières et logistiques. De l’autre, les habitants de Sfax dénoncent l’insécurité croissante, les tensions intercommunautaires, les rivalités sur le marché informel de l’emploi.
Mais le prix humain de cette stratégie, lui, est ignoré. En se concentrant sur l’évacuation, le pays néglige les enjeux fondamentaux : accueil temporaire digne, protection des personnes vulnérables, et surtout, définition d’une politique migratoire cohérente et respectueuse des droits fondamentaux.
Une crise révélatrice
Ce qui se joue à Sfax n’est pas un simple fait divers humanitaire. C’est le révélateur brutal de la faillite d’une gestion régionale de la migration, où chaque pays rejette la responsabilité sur l’autre. En l’absence de politiques inclusives et concertées, la Tunisie risque de devenir le bouclier sacrificiel d’une Europe obsédée par la fermeture, sans que cela ne résolve les causes profondes de la migration.
La Rédaction

