Les Émirats arabes unis déploient une diplomatie proactive au cœur du Sahel, dans un moment de bascule géopolitique. La récente tournée express du ministre d’État Sheikh Shakhboot Bin Nahyan Al Nahyan au Mali, au Burkina Faso et au Niger révèle une stratégie ambitieuse mêlant partenariats sécuritaires, investissements structurants et quête de positionnement géoéconomique.
Au-delà des visites officielles, cette offensive s’inscrit dans un cadre plus large. Abu Dhabi, plaque tournante du commerce aurifère, cherche à redorer son image sur le continent. L’émirat a annoncé vouloir assainir la filière aurifère en Afrique, une démarche marquée par la mise en place de normes strictes de traçabilité via la blockchain. En décembre 2024, le Conseil mondial de l’or avait mis en garde contre les flux illégaux alimentant conflits et criminalité dans la région sahélienne.
C’est donc dans un Sahel en recomposition – marqué par la sortie du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) et leur regroupement au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES) – que les Émirats affirment leur présence. À la clé : influence politique, coopération sécuritaire et contrôle d’un axe stratégique entre Maghreb et golfe de Guinée.
La dernière escale de cette tournée diplomatique a eu lieu à Niamey. Le président nigérien Abdourahamane Tiani a reçu Sheikh Shakhboot en compagnie du Premier ministre Ali Mahamane Lamine Zeine et du ministre des Affaires étrangères Bakary Yaou Sangaré. Le ton était à la consolidation des liens dans une phase de transition politique délicate pour le Niger, mais aussi à l’intensification des relations avec un partenaire devenu clé.
À Ouagadougou, l’accent a été mis sur la coopération économique. Reçu par le président Ibrahim Traoré, l’émissaire émirati a évoqué le renforcement des relations bilatérales. Bien qu’aucune annonce majeure n’ait été faite, cette étape confirme l’intérêt d’Abu Dhabi pour le Burkina Faso, en tant que point d’ancrage dans sa stratégie régionale.
La séquence avait débuté à Bamako. Le général Assimi Goïta, président de la Transition au Mali, a accueilli Sheikh Shakhboot pour renforcer un partenariat de défense scellé depuis 2019. Le protocole a été étendu, notamment dans la lutte contre le terrorisme. La coopération englobe également des investissements dans le solaire (notamment avec la centrale de Touna), l’agriculture et la santé.
En moins de 24 heures, les Émirats ont donc posé des jalons forts dans les trois capitales de l’AES. Une démonstration de vitesse et de volonté dans une région où d’autres puissances – Russie, Turquie, Chine – cherchent aussi à renforcer leurs positions. Mais Abu Dhabi mise sur un levier hybride : discrétion diplomatique, financements ciblés et image de partenaire fiable.
Au Sahel, les alliances traditionnelles se fragmentent. Dans cet espace mouvant, les Émirats arabes unis avancent leurs pions avec méthode. Et derrière les poignées de main officielles, c’est une carte du pouvoir régional qui se redessine.
La Redaction

