Un retrait discret, mais stratégique. Alors que l’Alliance des États du Sahel (AES) tente de redéfinir son destin hors des sphères d’influence occidentales, la Belgique et le Luxembourg actent leur désengagement progressif du Mali, du Niger et du Burkina Faso. Cette décision, motivée par l’insécurité persistante et les ruptures diplomatiques, marque un tournant silencieux mais lourd de conséquences.
Une coopération stoppée net
Les agences de coopération – Enabel pour la Belgique, LuxDev pour le Luxembourg – ferment peu à peu leurs volets dans la région. Aucun nouveau projet bilatéral ne sera lancé, même si certains programmes en cours continueront jusqu’à leur terme technique. Les axes touchés ? L’éducation numérique, l’appui au secteur privé, la résilience agricole ou encore la santé communautaire.
Du côté belge, la Société belge d’investissement pour les pays en développement (BIO) gèle ses engagements, en particulier au Niger. Quant au Luxembourg, il annonce la fin des projets bilatéraux dans les trois pays, tout en poursuivant son appui via des canaux multilatéraux ou des ONG.
L’aide humanitaire, seul filet de secours
Le retrait des financements ne signifie pas l’abandon total : Bruxelles et Luxembourg maintiennent leur soutien humanitaire dans les zones les plus vulnérables. Des ONG, parfois luxembourgeoises, restent actives malgré les contraintes sécuritaires. Mais la coupure des canaux bilatéraux freine la mise en œuvre de projets structurants à long terme.
À Niamey, Ouagadougou ou Bamako, la décision fait l’effet d’une onde de choc. Pour certains experts, elle confirme l’isolement croissant de l’AES sur la scène internationale. Pour d’autres, elle pourrait forcer ces pays à diversifier leurs partenaires et à compter davantage sur des coopérations Sud-Sud, notamment avec la Russie, la Turquie, ou la Chine.
Derrière la géopolitique, des vies impactées
Concrètement, ce désengagement affecte les bénéficiaires directs : étudiants, agriculteurs, femmes entrepreneures, patients en zones rurales. Le Centre de référence des métiers du numérique (CRMN), financé par LuxDev à Ouagadougou, en est l’un des symboles. S’il voit le jour, ce sera sans nouvelle enveloppe européenne.
Ce retrait européen n’est pas isolé. Il s’inscrit dans une dynamique plus large de recentrage des aides sur des zones perçues comme “politiquement stables”. Une tendance lourde qui rebat les cartes de l’aide au développement dans le Sahel.
La sortie silencieuse de la Belgique et du Luxembourg de l’AES n’est pas qu’une affaire de budget : elle reflète un repositionnement diplomatique, une perte d’influence occidentale et une reconfiguration de l’aide internationale. Pour les États du Sahel, l’enjeu désormais sera de combler ce vide par d’autres alliances… ou d’inventer une nouvelle autonomie de développement.
La Rédaction

