Leçon de diplomatie malienne à Berlin. Lors de la Conférence ministérielle des Nations Unies sur le maintien de la paix, tenue à Berlin, le chef de la diplomatie malienne, Abdoulaye Diop, a livré une critique sans détour du système onusien. Revenant sur dix années de présence de la MINUSMA au Mali, il a dénoncé des mandats déconnectés du terrain, une coopération insuffisante avec les autorités maliennes, et l’instrumentalisation politique des droits de l’homme.
« On ne peut pas maintenir une paix qui n’existe pas »
Devant ses homologues réunis en Allemagne, Abdoulaye Diop n’a pas mâché ses mots. Selon lui, la mission de l’ONU au Mali a échoué sur plusieurs plans, à commencer par son mandat : « On ne peut pas envoyer une mission de maintien de la paix dans une zone où il n’y a pas de paix à maintenir », a-t-il déclaré, pointant une guerre asymétrique à laquelle la MINUSMA n’était pas préparée. Il a illustré cette inadéquation par des scènes tragiques : « Des groupes armés venaient, massacraient les populations, et les soldats de la paix étaient là pour dire que ce n’était pas leur mandat. »
L’État malien, mis à l’écart
Autre grief majeur : l’absence de coordination avec l’État hôte. Le ministre a déploré des initiatives de la mission onusienne menées sans consultation préalable, certaines découvertes « dans les médias ». Il a rappelé que toute opération de paix repose sur le consentement et la coopération de l’État concerné. « Aucune mission ne peut réussir sans concertation », a-t-il insisté.
Souveraineté bafouée et fonds mal alloués
Le ministre a aussi soulevé une injustice structurelle : malgré un budget annuel de 1,3 milliard de dollars pour la MINUSMA, très peu de ressources ont été allouées au renforcement des capacités nationales. « Les ressources affectées à l’État malien pour bâtir ses capacités étaient pratiquement négligeables », a-t-il regretté, estimant que la mission a nourri une forme de dépendance plutôt que d’autonomie.
Diop a par ailleurs dénoncé l’« instrumentalisation politique des droits de l’homme », utilisée selon lui comme un levier de pression géopolitique. Des rapports « biaisés » auraient miné la confiance entre Bamako et l’ONU. Enfin, il a fustigé la persistance d’une diplomatie postcoloniale, citant la pratique du « porte-plume », où les résolutions onusiennes sur des pays africains sont souvent rédigées par d’anciennes puissances coloniales.
Une mission à repenser
Malgré ces critiques virulentes, Abdoulaye Diop n’a pas rejeté le principe du maintien de la paix. Il a appelé à une réforme en profondeur, fondée sur le respect des souverainetés, une meilleure adaptation aux réalités du terrain, et une véritable inclusion des États concernés. Sans cela, selon lui, les missions de paix continueront de manquer leur cible.
En 2023, cette accumulation de frustrations avait poussé le Mali à exiger et obtenir le retrait progressif de la MINUSMA, mettant fin à une décennie de présence onusienne sans véritable ancrage populaire ni résultats durables sur le plan sécuritaire.
La Rédaction

