Fin octobre, un ajout crucial a été réalisé à la réserve mondiale de semences du Svalbard, avec l’envoi de 30 000 nouvelles semences, dont certaines en provenance d’Afrique. Cette initiative souligne l’urgence de préserver la diversité génétique des cultures face aux crises mondiales croissantes, telles que le changement climatique, les conflits et d’autres menaces environnementales.
Des semences provenant du Tchad et du Nigéria font partie de cette nouvelle collection. Selon le Crop Trust, une organisation à but non lucratif, ces semences seront essentielles pour lutter contre l’insécurité alimentaire. Au cours du siècle dernier, l’humanité a perdu plus de 75 % de sa diversité agricole. D’ici 2050, un tiers de celle qui reste pourrait disparaître, alors que la population mondiale devrait frôler les 10 milliards. L’année 2022-2023 a d’ailleurs été marquée par cinq des événements météorologiques les plus meurtriers en Afrique, soulignant l’importance de conserver les semences dans les banques de gènes, pour assurer un avenir alimentaire résilient.
Stefan Schmitz, directeur exécutif du Crop Trust, déclare : « Le changement climatique et les conflits affectent la sécurité alimentaire de plus de 700 millions de personnes à travers 75 pays ». La croissance démographique exerce une pression de plus en plus forte sur les ressources naturelles, aggravant les tensions liées à l’utilisation du bois de chauffage, essentielle pour les populations rurales du continent. Alice Muchugi, experte en agroforesterie, déplore que des arbres fruitiers rares, comme l’Obakakokeana, aient été abattus pour répondre à cette demande.
La conservation des semences s’avère d’autant plus cruciale dans un contexte de défis environnementaux. Au Kenya, l’Institut de recherche génétique KALRO, situé à Muguga South, gère un entrepôt frigorifique où les semences sont stockées selon des protocoles stricts : séchées, pesées et scellées avant d’être étiquetées pour un stockage à long terme. À ce jour, l’Institut conserve 2 000 espèces sur les 7 500 existantes dans le pays, et les semences sont régulièrement échangées pour garantir leur diversité et leur disponibilité.
L’urgence est particulièrement palpable au Kenya, où les changements climatiques ont provoqué une série de sécheresses et d’inondations, mettant en péril les récoltes et affectant des millions de personnes. Desterio Nyalongo, directeur du GeRRI (Institut de recherche en ressources génétiques) pour le Kenya, insiste sur l’importance d’encourager les agriculteurs à diversifier leurs cultures. Des espèces résistantes à la sécheresse, comme le sorgho et le mil, sont désormais privilégiées.
Parallèlement, des initiatives comme le Seed Savers Network au Kenya permettent aux agriculteurs de recevoir des semences adaptées à leurs besoins spécifiques. À Gilgil, les agriculteurs apprennent à cultiver des légumes de manière plus efficace, notamment grâce à des techniques innovantes comme le jardin vertical, qui permet de maximiser l’utilisation des petits espaces.
À travers des pratiques telles que la conservation communautaire des semences et l’échange gratuit entre agriculteurs, des communautés comme celle de Beatrice Wangui, à Gilgil, parviennent à améliorer leur sécurité alimentaire. Wangui, qui gère une banque de semences communautaire, souligne l’importance de préserver les semences indigènes, qui garantissent la résilience face aux aléas climatiques. Elle rappelle également que ces semences doivent être soigneusement entretenues pour être transmises aux générations futures.
L’initiative de conservation des semences en Afrique, soutenue par des organisations comme le Crop Trust, représente un espoir considérable pour l’avenir, en offrant une réponse aux défis alimentaires mondiaux exacerbés par le changement climatique.
La Rédaction

