Depuis trois mois, le Sénégal affronte silencieusement un ennemi venu des étables, des moustiques et des eaux stagnantes : la fièvre de la Vallée du Rift. Conjuguant impacts humains et pertes massives dans le cheptel, l’épidémie impose désormais un changement d’échelle dans la riposte nationale. Dakar n’en fait pas un simple dossier vétérinaire, mais une urgence de santé publique à part entière, mobilisant laboratoires, équipes d’intervention rapide et communautés rurales.
Une épidémie qui frappe l’homme et l’animal
Au 23 novembre, la situation sanitaire dressée par les autorités révèle l’ampleur du défi : 500 cas confirmés chez l’humain, dont 457 guérisons et 31 décès, sur plus de 15 000 prélèvements analysés. Parallèlement, le cheptel payé au prix fort : 425 cas confirmés et plus de 2 000 avortements recensés chez les ovins, caprins et bovins, mettant en péril les revenus d’éleveurs déjà fragilisés par l’inflation des aliments de bétail.
Pour freiner l’hémorragie économique, plus de 40 000 animaux ont été vaccinés dans les zones d’épizootie. Là où le bétail est protégé, les familles sont moins exposées, illustrant la logique One Health — un seul monde, une seule santé, reliant l’humain, l’animal et l’environnement.
Une riposte coordonnée sur le terrain
La lutte s’organise autour d’unités d’intervention rapide SURGE, appuyées par l’OMS et les partenaires techniques. Saint-Louis, Kaolack et Fatick concentrent désormais les opérations de proximité :
•surveillance clinique et communautaire,
•renforcement des laboratoires,
•formation du personnel vétérinaire et hospitalier,
•campagnes de sensibilisation en langues locales.
Les bergers, éleveurs et bouchers, premiers exposés, sont au cœur de la stratégie : la transmission se fait par piqûre de moustique, mais aussi par contact direct avec le sang ou les organes d’un animal malade. La prévention devient ainsi aussi comportementale que médicale.
Le défi transfrontalier du fleuve Sénégal
Le virus ne connaît ni postes frontières, ni passeports sanitaires. Les échanges entre le Sénégal, la Mauritanie et la Gambie se sont accélérés pour harmoniser les mesures le long du fleuve :
•vaccination ciblée,
•surveillance conjointe,
•partage des données en temps réel.
La transhumance, indispensable à l’économie pastorale, devient un facteur de risque. Gérer le bétail, c’est désormais gérer l’épidémie.
Informer, signaler, se protéger : l’arme citoyenne
Sans traitement spécifique pour l’humain et avec un vaccin réservé uniquement au bétail, la prévention reste la meilleure défense. Les autorités rappellent :
•utiliser des moustiquaires,
•éviter le contact avec les animaux malades,
•signaler tout cas suspect,
•manipuler la viande avec précaution.
Au Sénégal, la riposte ne dépend pas seulement des laboratoires ; elle dépend aussi des gestes quotidiens de chaque famille vivant à proximité des troupeaux.
Vigilance durable, enjeu vital
L’épidémie rappelle que la santé publique ne se limite pas aux hôpitaux. Elle naît aussi dans les champs, les marchés à bétail, les zones humides et les abattoirs. Le Sénégal envoie un message clair : protéger l’homme, c’est protéger l’animal, et inversement.
La vigilance ne doit pas retomber, car c’est dans les saisons calmes que se prépare la prochaine flambée.
La Rédaction

