Deux ans après son départ de la présidence, l’ancien chef de l’État sénégalais effectue une visite éclair dans la capitale. Une rencontre très attendue avec son successeur Bassirou Diomaye Faye, qui intervient au moment où Macky Sall cherche à obtenir un soutien officiel pour sa candidature internationale et où le paysage politique sénégalais connaît une profonde recomposition.
C’est un retour qui ne manquera pas d’alimenter les débats dans les cercles politiques dakarois. Vendredi, l’ancien président Macky Sall est attendu à Dakar pour une audience officielle avec le chef de l’État Bassirou Diomaye Faye. Derrière le caractère institutionnel de cette rencontre se joue une équation complexe mêlant ambitions diplomatiques internationales, repositionnements politiques internes et contentieux encore ouverts autour de son passage au pouvoir.
Le soutien de Dakar, enjeu central de la candidature à l’ONU
Au centre des discussions figure l’ambition internationale de Macky Sall. L’ancien président sénégalais s’est positionné pour succéder à António Guterres au poste de secrétaire général des Nations unies, une bataille diplomatique qui nécessite le soutien officiel de son propre pays.
Dans les grandes compétitions multilatérales, l’appui de l’État d’origine constitue un élément déterminant pour renforcer la crédibilité d’une candidature. Or, depuis plusieurs mois, les nouvelles autorités sénégalaises entretiennent une position prudente sur ce dossier.
Malgré une demande officielle déposée dès février, Dakar n’a toujours pas apporté son soutien formel. En mars, la diplomatie sénégalaise avait rappelé qu’elle n’avait « ni initié ni soutenu » cette candidature, laissant planer une incertitude sur la position finale du gouvernement de Bassirou Diomaye Faye.
La visite de Macky Sall apparaît donc comme une tentative de réouvrir le dialogue et d’obtenir un engagement clair de l’exécutif sénégalais.
La recomposition politique sénégalaise change la donne
Cette rencontre intervient dans un contexte politique profondément transformé. La rupture entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, longtemps alliés dans leur conquête du pouvoir, a modifié les équilibres au sommet de l’État.
Cette nouvelle configuration pourrait offrir un espace de rapprochement entre l’actuel président et son prédécesseur. Pour certains observateurs, un soutien à la candidature internationale de Macky Sall permettrait à Bassirou Diomaye Faye d’affirmer son autonomie politique et de renforcer son image présidentielle au-delà des clivages hérités de la dernière alternance.
Une telle décision pourrait également servir les intérêts diplomatiques du Sénégal en portant un ancien chef d’État du pays vers une fonction internationale majeure.
Mais elle pourrait aussi contribuer à une recomposition des rapports entre l’actuel pouvoir et l’ancienne majorité présidentielle, dans un contexte où les alliances politiques restent mouvantes.
Le poids du passif politique et des demandes de justice
Cette perspective de rapprochement ne fait toutefois pas l’unanimité au Sénégal. Une partie de la société civile continue de réclamer des réponses sur les événements qui ont marqué la fin du mandat de Macky Sall entre 2021 et 2024.
Les manifestations liées au contexte politique de cette période, marquées par de fortes tensions et des violences ayant causé plusieurs dizaines de morts selon différentes sources, restent au cœur des revendications de certains collectifs de victimes.
Pour ces derniers, un soutien officiel à Macky Sall pour une fonction internationale prestigieuse ne pourrait être dissocié de la question de la responsabilité politique et judiciaire liée aux crises passées.
La rencontre entre Bassirou Diomaye Faye et Macky Sall cristallise ainsi une contradiction majeure : celle d’un Sénégal obligé de conjuguer les exigences de mémoire et de justice au niveau national avec les impératifs de stratégie diplomatique sur la scène internationale.
La Rédaction

