Détecter un contaminant, mesurer sa concentration et démontrer qu’un aliment respecte les normes : derrière ces opérations de laboratoire se joue une partie de la compétitivité agricole du Togo. En renforçant les capacités du LaNSA, le pays cherche autant à protéger les consommateurs qu’à donner aux producteurs et transformateurs les preuves scientifiques nécessaires pour accéder aux marchés les plus exigeants.
Un produit agricole peut être de bonne qualité et pourtant rencontrer une frontière invisible : celle de la preuve. Sur les marchés où les exigences sanitaires se renforcent, déclarer qu’une denrée est sûre ne suffit plus. Il faut pouvoir le démontrer par des analyses fiables, précises et reconnues.
C’est cette fonction stratégique que le Laboratoire national de sécurité sanitaire et phytosanitaire des aliments (LaNSA) est appelé à renforcer. Mis en service en avril, il vient de recevoir de nouveaux équipements scientifiques grâce au Programme de résilience du système alimentaire en Afrique de l’Ouest (FSRP). L’objectif est d’élargir et d’améliorer les analyses permettant d’identifier des substances potentiellement nocives et de vérifier la conformité des denrées aux normes sanitaires.
De la sécurité du consommateur à la preuve de conformité
La première fonction reste sanitaire. Disposer d’outils analytiques plus performants doit permettre de mieux détecter les risques avant que les aliments n’atteignent le consommateur. La rapidité et la précision des analyses deviennent alors des éléments essentiels du système de surveillance.
Mais l’enjeu ne s’arrête plus aux frontières du marché intérieur. Pour une entreprise agroalimentaire qui cherche à exporter, la conformité sanitaire fait partie des conditions d’accès à de nombreux débouchés. Résidus, contaminants ou autres paramètres de qualité peuvent faire l’objet de seuils précis. Une incapacité à produire les analyses nécessaires peut ainsi devenir une barrière commerciale, même lorsque le produit lui-même dispose d’un potentiel économique.
Le laboratoire se situe donc à l’interface entre santé publique et commerce. Pour les producteurs et les transformateurs, disposer localement de capacités d’analyse plus étendues peut faciliter l’identification des non-conformités, leur correction et la constitution de dossiers répondant aux exigences des acheteurs ou des marchés ciblés.
« Cet appui du FSRP renforce non seulement la confiance des consommateurs, mais aussi celle des partenaires économiques. Nos produits gagnent en crédibilité et en compétitivité », résume Aziato Kokou, responsable technique du LaNSA.
Faire de la norme un avantage plutôt qu’un obstacle
Cette évolution intervient alors que les filières agroalimentaires africaines sont confrontées à un double impératif : augmenter leur production tout en répondant à des standards sanitaires et phytosanitaires de plus en plus structurants dans les échanges.
Dans cette équation, la qualité du laboratoire ne se mesure pas uniquement au nombre d’appareils installés. Elle dépend aussi de la qualification du personnel, de la maîtrise des protocoles, de la fiabilité des résultats et, à terme, de leur reconnaissance par les acteurs auxquels ils sont destinés. C’est cette chaîne qui transforme une capacité scientifique en véritable avantage économique.
Une délégation de la Banque mondiale s’est rendue au LaNSA le 7 septembre pour examiner les progrès réalisés depuis sa mise en service et les capacités acquises grâce au FSRP. La visite était notamment conduite par Marie-Chantal Uwanyiligira, directrice de division pour la Côte d’Ivoire, le Bénin, la Guinée et le Togo, et Chakib Jenane, directeur régional du pôle Planète pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre.
L’étape suivante sera désormais celle de l’usage. Pour le Togo, disposer d’un laboratoire mieux équipé ne constituera pleinement un progrès que si cette capacité permet de détecter davantage de risques, d’accompagner les entreprises vers la conformité et de transformer la qualité sanitaire en argument d’accès au marché. Dans l’agroalimentaire moderne, la preuve de qualité est elle-même devenue une valeur économique.
La Rédaction

