La multimorbidité désigne la coexistence de plusieurs maladies chroniques chez une même personne. Contrairement aux maladies aiguës, qui se soignent en quelques jours ou semaines, ces affections nécessitent un suivi médical sur le long terme. Une personne peut, par exemple, souffrir simultanément d’hypertension, de diabète et d’une infection chronique comme le VIH. Cette situation rend la prise en charge plus complexe, notamment en raison des interactions médicamenteuses et du risque accru de complications.
Si la multimorbidité est bien étudiée dans les pays occidentaux, elle reste largement ignorée en Afrique, alors qu’elle y est tout aussi répandue. Or, dans un contexte où l’accès aux soins est déjà limité, cette négligence a des conséquences dramatiques. Les patients vivent plus longtemps avec des pathologies non traitées ou mal soignées, ce qui réduit leur espérance de vie et altère leur qualité de vie.
Un défi sanitaire majeur
Les personnes atteintes de multimorbidité ont un risque plus élevé de décès prématuré et doivent souvent jongler avec plusieurs traitements, ce qui complique l’observance thérapeutique. Les interactions entre médicaments peuvent provoquer des effets secondaires graves, et il devient plus difficile pour les médecins d’adapter les soins à chaque patient.
En Afrique, la situation est encore plus préoccupante, car la multimorbidité y associe souvent des maladies non transmissibles comme l’hypertension ou le diabète à des infections chroniques comme la tuberculose ou le VIH. Le manque de structures adaptées et l’accès limité aux soins aggravent encore la condition des patients. La pauvreté et les inégalités de traitement rendent l’accompagnement médical encore plus difficile, en particulier pour les populations rurales et les femmes, souvent plus exposées aux maladies chroniques en raison de facteurs socio-économiques.
Un manque criant de recherches sur l’Afrique
Les études sur la multimorbidité se concentrent essentiellement sur les pays occidentaux. Lorsqu’elles incluent des personnes d’origine africaine, il s’agit majoritairement d’Afro-Américains, dont les conditions de vie diffèrent fortement de celles des Africains du continent. Une récente analyse de la littérature scientifique a recensé 232 études publiées entre 2010 et 2022 sur la multimorbidité. Seules 113 portaient sur les populations vivant en Afrique, contre 100 sur la diaspora. Pire encore, seulement 19 incluaient à la fois des Africains et des personnes d’origine africaine vivant ailleurs.
Cette absence de données empêche de bien comprendre les interactions entre maladies dans le contexte africain. Les facteurs de risque, les habitudes alimentaires et l’accès aux soins varient considérablement d’un pays à l’autre, ce qui rend difficile l’application directe des conclusions issues d’études menées en Europe ou aux États-Unis.
Des profils de maladies différents selon les populations
Les recherches disponibles montrent des différences notables entre les populations vivant en Afrique et celles de la diaspora. Sur le continent, la multimorbidité associe souvent des maladies cardiovasculaires et métaboliques à des infections chroniques. L’hypertension, par exemple, est fréquente chez les personnes vivant avec le VIH ou la tuberculose.
En dehors de l’Afrique, les maladies cardiovasculaires dominent, mais elles sont plus souvent combinées à des troubles psychiatriques comme la dépression et le stress post-traumatique. Les populations noires vivant en Occident sont exposées à des facteurs de stress spécifiques, liés notamment aux discriminations et aux inégalités sociales, ce qui peut aggraver leur état de santé global.
L’âge est un facteur clé de la multimorbidité, mais en Afrique, la prévalence chez les jeunes adultes est particulièrement inquiétante. Contrairement aux pays occidentaux, où ces pathologies touchent principalement les personnes âgées, la charge des maladies infectieuses fait que de nombreux jeunes souffrent déjà de plusieurs affections chroniques. Les femmes sont également plus touchées que les hommes, en raison de facteurs hormonaux mais aussi d’inégalités sociales qui limitent leur accès aux soins.
Vers une meilleure prise en charge en Afrique
Pour améliorer la situation, la recherche doit s’intéresser davantage à la multimorbidité dans le contexte africain. Une collecte de données plus large, incluant des analyses génétiques et métaboliques, permettrait de mieux comprendre comment ces maladies interagissent et d’adapter les traitements en conséquence.
Il est également urgent de développer des soins intégrés. Certains pays, comme l’Afrique du Sud et le Kenya, expérimentent déjà des structures où un patient atteint de plusieurs pathologies peut être pris en charge dans un même centre de santé au cours d’une seule visite. Ce type d’organisation facilite le suivi médical et améliore l’efficacité des traitements.
Enfin, l’accès aux soins doit être renforcé, notamment dans les zones rurales où la distance et le coût des consultations constituent un frein majeur. Former davantage de professionnels de santé et les sensibiliser aux défis spécifiques de la multimorbidité est une nécessité.
L’Afrique ne peut plus être ignorée dans la recherche sur la multimorbidité. Si rien n’est fait, la situation risque de s’aggraver avec l’urbanisation et le vieillissement de la population. En adaptant les stratégies de santé publique aux réalités locales, il est possible d’améliorer la qualité de vie de millions de personnes et de réduire les inégalités en matière de soins.
La Rédaction

