Ils sont maçons en France, aides-soignants en Italie, ouvriers au Qatar ou commerçants aux États-Unis. Et chaque mois, ils envoient une partie de leur revenu à ceux qu’ils ont laissés derrière eux. Ces 200 millions de migrants qui vivent hors de leur pays d’origine soutiennent, à distance, près de 800 millions de proches. Un lien invisible, financier, mais essentiel.
Le Fonds international de développement agricole (FIDA) a réaffirmé, dans le prolongement de la Journée internationale des transferts de fonds familiaux célébrée le 16 juin, l’ampleur et la portée de cette solidarité discrète mais capitale. En 2024, 685 milliards de dollars ont été envoyés vers les pays à revenu faible ou intermédiaire. Dans 30 pays en développement, ces flux représentent plus de 10 % du produit intérieur brut – bien plus que l’aide publique ou l’investissement étranger.
« Ces flux sont vitaux. Ils paient l’école, la nourriture, les soins, ils financent des petits commerces, ils donnent un avenir », souligne Alvaro Lario, président du FIDA.
Les campagnes, grandes bénéficiaires oubliées
Un tiers de ces fonds arrive dans des zones rurales, souvent exclues des services financiers classiques. Au Mali, en Gambie, au Népal ou ailleurs, cet argent fait bien plus que couvrir les besoins de base : il permet d’acheter des semences, de lancer un commerce, de financer une scolarité. Là où l’État recule, ces transferts remplissent le rôle d’une infrastructure de survie.
Des coûts encore trop élevés
Mais cette entraide a un coût. En moyenne, 6 % des montants envoyés partent en frais de transfert, soit le double de la cible des Nations Unies (3 %). Cela représente jusqu’à 20 milliards de dollars perdus chaque année – autant de ressources soustraites aux familles.
À cela s’ajoutent les contraintes bancaires, les restrictions réglementaires, les fermetures de comptes. Pour les bénéficiaires, l’accès à ces fonds reste souvent un parcours d’obstacles.
« Ce n’est pas seulement une question d’argent, mais de dignité. Chaque dollar envoyé porte un effort, un sacrifice, et souvent une histoire d’exil. Il faut protéger ces flux », rappelle Pedro de Vasconcelos, responsable de la Facilité de financement pour les envois de fonds (FFR) du FIDA.
Un potentiel à long terme, encore sous-exploité
Pour améliorer l’impact durable de ces transferts, le FIDA soutient plus de 75 projets dans 50 pays, avec pour objectif d’élargir l’accès au crédit, à l’épargne et aux services financiers numériques.
Alors que se profile la quatrième Conférence internationale sur le financement du développement (FfD4), l’appel est clair : faire des flux migratoires un levier structurant de développement, et non une solution de fortune.
Tandis que les grandes institutions parlent en milliards, des petites sommes envoyées chaque mois par des travailleurs anonymes continuent de faire tourner les économies locales. Une force silencieuse, souvent ignorée, mais essentielle à la survie et au progrès de millions de familles.
La Rédaction

