Un décret présidentiel signé le 11 avril 2025 a mis fin à la carrière militaire du général d’armée Abdelrahim Barh Mahamat Itno, cousin germain du président Mahamat Idriss Déby Itno. L’acte officiel évoque une « faute grave » sans en préciser la nature, mais en filigrane, c’est une affaire de loyauté et de rivalités internes au sommet de l’État qui se dessine. Ce départ brutal d’un haut gradé de l’armée tchadienne soulève des questions sur les tensions internes au pouvoir et les enjeux de succession dans un pays marqué par la stabilité fragile de son gouvernement militaire.
Les accusations de rébellion : un secret de polichinelle ?
Depuis mi-mars, des rumeurs persistantes prêtaient à l’officier des intentions de rébellion contre le régime de son propre cousin. Bien que cette accusation n’ait jamais été formellement confirmée, elle semble avoir suffi pour le faire tomber. Cette radiation n’est pas une première : Abdelrahim Barh Mahamat Itno avait déjà été écarté des cercles militaires avant d’être réhabilité en mai 2021, suite à la mort du président Idriss Déby Itno, son oncle, tué sur le front. Ce contexte de réhabilitation et de nouvelles sanctions montre un climat politique volatile, particulièrement sensible aux divisions au sein de l’armée.
Un climat de purge silencieuse dans l’armée tchadienne
La décision de radier Abdelrahim Barh Mahamat Itno s’inscrit dans une dynamique plus large de reprise en main de l’armée tchadienne, une des pierres angulaires du pouvoir de Mahamat Idriss Déby Itno. Le même jour, un autre officier, le sous-lieutenant Djibrine Tidjani Abbas, a été rétrogradé au rang de soldat de 2e classe et exclu des effectifs pour les mêmes raisons disciplinaires. Ces mesures disciplinaires ciblées révèlent un climat de suspicion généralisée dans les rangs des Forces de défense et de sécurité tchadiennes, à l’approche de scrutins nationaux potentiellement décisifs.
Les fractures d’un pouvoir militaire : une gouvernance familiale et autoritaire
L’épisode met en lumière les tensions profondes qui traversent le système politico-militaire tchadien, bâti sur un équilibre fragile entre fidélités tribales, alliances familiales et contrôle autoritaire. La radiation d’un proche du président révèle une volonté de verrouiller l’appareil sécuritaire, quitte à sacrifier certains piliers de l’ancien régime. Dans cette armée façonnée par les Déby père et fils, même les liens du sang ne semblent plus offrir de garantie.
La Rédaction

