À Abidjan, les lames tranchantes ne coupent pas que le bois : elles alimentent aussi les fantasmes politiques. En pleine montée des tensions pré-électorales, une entreprise métallurgique de Yopougon s’est retrouvée au cœur d’une enquête policière, soupçonnée de vendre en masse des machettes à des individus aux intentions troubles.
Quand la machette devient suspecte
Les voix s’élèvent, les audios circulent. Depuis plusieurs semaines, des messages alarmants inondent les messageries WhatsApp en Côte d’Ivoire. Des internautes y dénoncent une prétendue « vente massive de machettes » par une usine de la zone industrielle de Yopougon, accusée – sans preuve – d’alimenter des groupes prêts à en découdre à l’approche de la présidentielle d’octobre 2025.
Ce qui aurait pu rester une simple rumeur numérique a fini par susciter une réaction très concrète : une descente de la police nationale dans les locaux de l’entreprise visée. Objectif : vérifier les dires qui agitent les réseaux sociaux et s’assurer que les machettes ne tracent pas une route clandestine vers les rues.
La police sur place, les rumeurs sur écoute
Selon les informations recueillies par Afrique-sur7, la visite des forces de l’ordre a été méthodique. Les responsables de l’entreprise – spécialisée dans la transformation de l’acier pour le secteur agricole, la construction et l’industrie – ont été interrogés, les stocks passés au crible, et le fichier client audité.
Verdict : aucune anomalie détectée. Aucun flux inhabituel de marchandises, aucun mouvement suspect dans les entrepôts. Le directeur commercial, interrogé par nos confrères, a insisté : « Nous ne vendons pas de machettes à des personnes non répertoriées. Il n’y a pas eu d’augmentation significative de nos ventes. »
L’homme a également évoqué un épisode interne récent : le vol de tubes de métal par des vigiles de l’entreprise. Une affaire détectée et signalée rapidement par le service comptable, mais qui, selon la direction, n’a aucun lien avec les soupçons actuels.
Élection à l’horizon, paranoïa en embuscade
En Côte d’Ivoire, chaque cycle électoral réveille de vieux démons. L’arme blanche, outil agricole par excellence, devient symbole de crainte dans un climat politique électrisé. Si aucune preuve n’est venue confirmer les accusations portées contre l’entreprise de Yopougon, la peur s’infiltre déjà dans les esprits.
La police, en tout cas, ne prend aucun risque : des agents en civil seraient toujours postés autour du site, discrets mais vigilants. Le moindre mouvement suspect sera noté.
Entre inquiétude collective et fantasme populaire
Ce fait divers dit tout d’une époque où l’information virale peut précéder l’enquête, où les réseaux sociaux créent des foyers d’incendie sans allumettes. La machette, pourtant courante dans les foyers ruraux, devient ainsi un marqueur politique, un objet à surveiller, un signal faible qui panique fort.
Mais pour l’instant, aucune preuve tangible ne confirme la thèse d’une opération organisée de distribution d’armes blanches. Et le couperet des faits reste suspendu.
La Rédaction

