Depuis l’arrivée au pouvoir des juntes militaires au Mali, au Burkina Faso et au Niger, la présence diplomatique de l’Algérie dans la région semble vaciller, ouvrant ainsi la voie à un renforcement de l’influence marocaine. Un basculement stratégique qui reflète les dynamiques changeantes au Sahel.
Une Algérie en perte de vitesse
Longtemps considérée comme une puissance incontournable dans la région, l’Algérie voit son rôle géopolitique s’effriter face à la montée en puissance des régimes militaires sahéliens. Le Mali, autrefois un partenaire clé d’Alger, incarne désormais ces tensions croissantes. Depuis que la junte dirigée par Assimi Goïta a remis en question les accords de paix d’Alger, les relations entre les deux pays se sont dégradées, notamment en raison des divergences sur les groupes armés touareg.
Là où Alger considère ces groupes comme des interlocuteurs nécessaires pour un processus de paix, Bamako les perçoit comme des menaces terroristes. L’Algérie, qui accueille sur son sol certains dirigeants touareg et des figures opposées aux juntes sahéliennes, voit son approche contestée.
Un Maroc opportuniste et pragmatique
Pendant que l’Algérie s’embourbe dans ces tensions, le Maroc adopte une stratégie pragmatique pour renforcer son influence. Contrairement à son voisin, Rabat a évité de condamner les coups d’État militaires, préférant une posture compréhensive envers les nouvelles autorités souverainistes de la région. Cette approche reflète la doctrine du “Morocco First” défendue par le roi Mohammed VI.
Sur le plan économique, le royaume a su tisser des partenariats solides avec plusieurs pays membres de l’Alliance des États du Sahel (AES). Ces liens économiques et diplomatiques ont permis au Maroc d’occuper l’espace laissé vacant par l’Algérie, notamment sur trois axes stratégiques :
1.Proposer une alternative logistique pour les pays enclavés de l’AES grâce à l’Initiative Atlantique, en contournant les ports de la Cedeao.
2.Servir d’intermédiaire entre l’AES et les investisseurs du Golfe, renforçant ainsi les liens financiers et commerciaux.
3.Jouer un rôle de médiateur entre l’AES et l’Europe, facilitant les échanges politiques et économiques.
Une rivalité maghrébine qui s’invite au Sahel
Ces repositionnements illustrent une intensification de la compétition entre les deux puissances du Maghreb au Sahel. Alors que l’Algérie peine à adapter sa diplomatie aux nouveaux équilibres, le Maroc capitalise sur sa flexibilité et sa capacité d’adaptation. Cette rivalité, autrefois limitée aux enjeux maghrébins, s’étend désormais à une région stratégique où alliances et influences redessinent les cartes du pouvoir.
Dans ce nouveau contexte, le Maroc semble confirmer sa montée en puissance en Afrique de l’Ouest, au grand dam d’une Algérie en quête de reconquête diplomatique.
La Rédaction

