De l’époque idéologique à l’ère des ressources, la présence russe en Afrique suscite à la fois nostalgie historique et inquiétudes contemporaines.
Dans les années 1960 et 1970, l’Union soviétique apparaissait comme un partenaire singulier pour les jeunes États africains fraîchement indépendants. Offrant une aide militaire, une formation politique et un appui diplomatique aux mouvements de libération, l’URSS se posait en alternative aux puissances coloniales. Angola, Mozambique, Éthiopie, Guinée ou Congo ont ainsi vu émerger des alliances fortes, souvent fondées sur une convergence idéologique.
Mais cet appui n’était pas exempt de calculs stratégiques. En pleine guerre froide, l’Afrique représentait un terrain d’influence majeur. Loin d’un désintéressement romantique, l’engagement soviétique répondait à une logique d’endiguement de l’Occident et d’affirmation sur la scène internationale. L’héritage, lui, est contrasté : des infrastructures, des cadres formés, mais aussi des régimes autoritaires, des économies centralisées, et des modèles de développement peu adaptés à la réalité locale.
Avec l’effondrement de l’URSS, la Russie s’est temporairement retirée du continent. Ce retrait a laissé place à une décennie de silence. Puis, au tournant des années 2000, Moscou a opéré un retour pragmatique. Ce nouveau cycle ne repose plus sur l’idéologie, mais sur les intérêts géopolitiques, sécuritaires et économiques.
Aujourd’hui, la Russie affirme vouloir bâtir un partenariat stratégique avec l’Afrique. Les discours officiels insistent sur une amitié « désintéressée » et sur un soutien sans ingérence. Pourtant, sur le terrain, la réalité se révèle plus complexe. Le déploiement de sociétés paramilitaires russes comme Wagner dans plusieurs pays africains — Mali, Centrafrique, Burkina Faso — montre une volonté de contrôler des zones riches en ressources : or à Ndassima, uranium à Imouraren, diamants à Bria, entre autres.
Souvent, ces présences sont adossées à des accords peu transparents, parfois au bénéfice de régimes en quête de soutien militaire ou diplomatique. En échange d’une aide sécuritaire, des concessions minières ou forestières sont octroyées, dans des conditions rarement rendues publiques. Le tout s’accompagne, dans certains cas, de violations des droits humains documentées par des organisations internationales.
Ce qui interpelle, c’est que la critique faite aux puissances occidentales — exploitation des ressources, imposition de modèles, absence de transfert de compétences — semble parfois trouver un écho dans certaines pratiques russes actuelles. La rhétorique du partenaire fidèle masque difficilement un pragmatisme économique qui n’a rien à envier à celui des anciens maîtres coloniaux.
Alors que certains gouvernements africains voient dans la Russie un contrepoids utile à l’Occident, d’autres voix appellent à une vigilance accrue. Ni mythe soviétique ni rejet automatique, le défi reste le même : construire des relations équilibrées, transparentes et réellement bénéfiques pour les peuples africains.
La Rédaction

