C’est une décision qui fait date. Pour la première fois, la France va permettre aux habitants du Sahara occidental de déposer une demande de visa depuis leur territoire, sans devoir parcourir des centaines de kilomètres. À partir de la mi-mai 2025, un dispositif mobile de recueil des demandes sera déployé à Laayoune et Dakhla, principales villes de cette région disputée. Un changement aux accents géopolitiques forts, qui traduit la reconnaissance par Paris de la souveraineté marocaine sur ce territoire.
Un changement de terrain aux effets concrets
Concrètement, la société TLS Contact, prestataire privé mandaté par la France depuis 2014 pour collecter les demandes de visa au Maroc, sera chargée d’assurer ce nouveau service. Jusque-là, les résidents du Sahara occidental devaient se rendre dans des centres situés loin au nord du Maroc – à Agadir notamment, distante de plus de 600 kilomètres de Laayoune et de 1 100 kilomètres de Dakhla. Un véritable parcours du combattant pour les demandeurs.
Désormais, une « valise mobile » permettra à TLS Contact de collecter les documents directement sur place. À Laayoune, un point fixe sera installé à l’hôtel Parador, ouvert une fois tous les quinze jours dans un premier temps. À Dakhla, les équipes de TLS se déplaceront auprès des entreprises, institutions, voire des particuliers.
Une « opérationnalisation » politique assumée
Ce dispositif s’inscrit dans le sillage de la reconnaissance officielle de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental par Emmanuel Macron, dans une lettre adressée au roi Mohammed VI en juillet 2024. L’Élysée parle d’une « opérationnalisation » de ce changement de cap diplomatique, après des décennies de prudente neutralité sur un territoire considéré par l’ONU comme « non autonome » en l’absence d’un règlement de son statut.
Avec cette décision, Paris envoie un signal clair : la reconnaissance n’est plus seulement symbolique, elle devient administrative. La France est le premier membre permanent du Conseil de sécurité à acter ainsi sur le terrain la souveraineté marocaine, après les États-Unis sous Donald Trump.
Une décision lourde de conséquences
Ce nouveau dispositif pourrait avoir des conséquences régionales importantes. D’un côté, il facilitera l’accès aux services consulaires pour les habitants du Sahara occidental. De l’autre, il pourrait raviver les tensions avec les partisans du Front Polisario et les États attachés à une solution onusienne. L’Algérie, principal soutien du mouvement indépendantiste, pourrait voir dans cette décision une provocation.
Alors que les lignes bougent sur la scène internationale, la France confirme son réalignement sur la position marocaine, dans un contexte de rapprochement stratégique entre Paris et Rabat après plusieurs années de tensions diplomatiques.
La Rédaction

