Dans l’Égypte ancienne, où les grandes divinités comme Aton, Isis ou Osiris régnaient sur les temples, Bès, le dieu nain et bestial, incarnait une divinité plus intime, profondément ancrée dans la vie quotidienne. À l’origine vu comme un démon protecteur, il devint progressivement une figure vénérée, symbolisant la fertilité, la protection et la maternité. Sa popularité se manifeste par la prolifération de récipients à son effigie dans les vestiges archéologiques, objets dont la fonction exacte est restée longtemps un mystère.
Récemment, une étude menée par des chercheurs américains et italiens a permis de percer ce mystère. En analysant un récipient en céramique datant de la période ptolémaïque-romaine, trouvé dans l’oasis du Fayoum, les scientifiques ont découvert des traces d’un mélange complexe de plantes hallucinogènes et de fluides corporels. Ce breuvage pourrait avoir été utilisé dans des rituels destinés à favoriser l’accouchement, en lien avec le rôle protecteur de Bès auprès des femmes enceintes.
Le mélange chimique retrouvé dans le récipient comprend des alcaloïdes psychotropes (harmaline, harmine et vasicine) provenant de la rue de Syrie, une plante médicinale aux propriétés psychoactives. Ces alcaloïdes induisent des visions oniriques et, à doses appropriées, peuvent faciliter l’accouchement. À cela s’ajoutent des traces de lotus bleu, une plante iconiquement liée à Bès, ainsi que des ingrédients nutritifs comme le miel, le sésame, et des raisins fermentés.
L’analyse a également révélé des protéines humaines, telles que la lactotransferrine et l’hémoglobine, suggérant l’ajout délibéré de fluides corporels humains dans ce breuvage rituel, possiblement du lait maternel ou des sécrétions vaginales, des éléments caractéristiques de l’intimité et de la fertilité. Cette pratique pourrait s’inscrire dans le cadre de rituels de fertilité ou d’incubation, où les croyants cherchaient à renforcer la grossesse ou à prédire sa réussite.
Bien que l’usage précis de ces potions reste hypothétique, il est plausible que ces breuvages aient été employés dans des cérémonies pour invoquer la protection de Bès, favorisant des naissances sûres et des foyers prospères. Les traces retrouvées et leur complexité indiquent un lien profond entre les pratiques spirituelles et la médecine de l’époque, où les substances naturelles étaient utilisées non seulement pour soigner, mais aussi pour connecter le sacré au quotidien des Égyptiennes.
La Rédaction

