C’était l’un des cambriolages les plus extravagants de la dernière décennie. Au Royaume-Uni, deux hommes viennent d’être condamnés à de la prison ferme pour avoir volé en 2019 une œuvre d’art unique au monde : des toilettes en or massif signées par le célèbre artiste conceptuel italien Maurizio Cattelan.
Le vol a eu lieu dans la nuit du 14 septembre 2019, au palais de Blenheim, dans le comté d’Oxfordshire, lieu de naissance de Winston Churchill. Les malfaiteurs y avaient arraché, en pleine exposition, une cuvette en or 18 carats intitulée America, une sculpture estimée à 4,8 millions de livres sterling (environ 5,7 millions d’euros). L’œuvre, entièrement fonctionnelle, avait auparavant été installée dans les toilettes publiques du musée Guggenheim à New York, où près de 100 000 visiteurs avaient pu littéralement “s’asseoir sur de l’or”.
Le braquage, qualifié par le juge d’“audacieux” et “éhonté”, n’a duré que cinq minutes. Mais les conséquences auront été bien plus longues pour les principaux accusés. James “Jimmy” Sheen, 40 ans, déjà incarcéré pour d’autres vols, a écopé de quatre ans de prison supplémentaires. Son complice Michael Jones, 39 ans, a été condamné à 27 mois d’emprisonnement.
Selon les éléments rapportés par la BBC, une partie de l’or aurait été fondue. Dès les deux semaines qui ont suivi le cambriolage, Sheen avait revendu 20 kg d’or à un acheteur inconnu à Birmingham pour la somme de 610 000 euros. Le reste du butin, et donc de l’œuvre, semble définitivement perdu.
Le geste ne relève pas seulement du vol, mais aussi d’une destruction symbolique. Avec America, Cattelan proposait une satire crue de la richesse ostentatoire et de la société de consommation. Offrir des toilettes en or au public était une manière de critiquer l’élitisme par l’humour et la dérision. À tel point qu’après l’exposition new-yorkaise, le musée Guggenheim avait même proposé d’en prêter une à Donald Trump, en guise de réponse à sa demande de tableau de Van Gogh. Une offre restée sans réponse.
Aujourd’hui, cette sculpture n’est plus qu’un souvenir doré. Mais ce vol rappelle à quel point l’art peut provoquer, déranger — et parfois, tenter les esprits les plus cupides.
La Rédaction

